#3 Transquadra, Madère – Martinique, Carnet de voyage

9 février 2015

Oxymore à l'arrivée

Oxymore à l’arrivée, encre et aquarelle

Après l’heure de l’arrivée, voici venue l’heure du rangement !
Nous avons laissé Oxymore en vrac, trop fatigués hier soir.
En montant à bord, Laurent s’exclame : « Je vais ranger, je jure !  » tandis qu’un journaliste pointe son micro pour l’interviewer.
Jetant un oeil à l’intérieur, je suis effarée par ce que je découvre : un tas de voiles en boule, de la vaisselle sale, des cordages abandonnés, des vêtements épars ! C’est monstrueux, une vraie vision d’horreur ménagère, mais absolument réjouissant pour dessiner.
Tandis que Laurent raconte sa course en long, en large et en travers, je démêle à la pointe du pinceau spis, focs, gênois, harnais et tutti quanti.
Quand on voit l’état de son bureau à la maison, ce n’est finalement pas si différent.
Nous croisons François, skipper sur Crescendo, un peu plus loin sur le ponton. Il rigole en découvrant le dessin.  » Tu peux faire la même chose sur Crescendo ?  » Allez, me voici donc promue croqueuse de bazar marin…

Crescendo à l'arrivée

Crescendo à l’arrivée, encre et aquarelle.

Assise en haut de la descente, je contemple un fatras puant, légèrement incommodée par l’odeur mâle qui s’en dégage. Eux, ils étaient deux, et ça se sent !

La journée s’écoule tranquillement au rythme des pots à l’Annexe, des retrouvailles, des histoires de course, des arrivées qui se succèdent.
Laurent est dans une forme olympique ! Tandis qu’il plie ses voiles au carré, je sirote un coca en écoutant d’une oreille distraite les conversations des Rouges.

A l'Annexe

A l’Annexe, encre et aquarelle

Les rues du Marin sont désertes.
Sauf une vieille dame affalée sur une chaise devant sa porte, qui semble assoupie. Elle ouvre un oeil tandis que je la croque à toute vitesse.
_ Vous faites quoi, vous ?
_ Moi ? Heu… rien…
_ Vous êtes là pour quoi ?
_ Mon mari a fait la Transquadra, il est arrivé hier soir.
_ Ah.
Elle ferme les yeux. Silence.
_ Ahhhhh, c’est pas comme ces jeunes qui ne font rien ! Vous, vous faites quelque chose, au moins.
_ ???
_ Aie aie aie aie aie…Ahhhhhhhhh… Ces jeunes !
Finalement, je décide d’écourter mon dessin !

La vieille dame du Marin

La vieille dame du Marin

Le Marin

Le Marin, encre et aquarelle

Quel bonheur de croquer depuis notre terrasse une forêt de mats ensoleillés et tintinnabulants. Je commence enfin à me sentir un tout petit peu en vacances…

Marina du Marin

Marina du Marin, encre et aquarelle

Laurent bricole sur Oxymore, tandis que sur le ponton 5 il règne une vie incroyable. Quelle ambiance ! Les équipages se saluent, plient les voiles, briquent le pont, lavent leur linge sale en famille, discutent, lorgnent l’état du bateau voisin, comptabilisent la casse. On échange des nouvelles :  ceux qui sont encore loin, les démâtés, les touchés-coulés… Cette édition fut riche en péripéties, mais heureusement, aucune perte humaine à déplorer.
26 janvier 2015 : Flor Da Rosa démâte et fait route vers les Canaries sous gréement de fortune. Quattro démâte également et met le cap vers le Cap Vert.
Le 27 janvier, Patrice Carpentier tombe à l’eau, rattrapé de justesse par son équipier Dominique Bleichner.
28 janvier : Laminak démâte à son tour. L’équipage demandera son évacuation le 1er février.
30 janvier : Zinzolin chavire, roulé par une déferlante. Malgré une très grosse frayeur, l’équipage est récupéré sain et sauf par un cargo. Le bateau est abandonné.
4 février : Solua coule suite à une voie d’eau. Renaud Barathon a pu être évacué à bord de Ven dan Vwell, l’équipage martiniquais de la course.
Et puis on ne compte plus les spis déchirés, les safrans dézingués, les pannes électroniques, les mats qui bougent tout seuls…

Scène de vie ordinaire sur le ponton 5

Scène de vie ordinaire sur le ponton 5, encre et aquarelle

Jean-Pierre Kelbert, perché en haut de mât, hurle à Hervé :
_ Ça y est ! J’ai viré le messager !
_ Je peux te descendre maintenant ?
Moi : « Heu… C’est pas très sympa ce que tu lui dis-là !  »
Hervé : « ???? »
Moi : « Non mais, quand on descend quelqu’un c’est tout de même un peu définitif ! »
Hervé : « Mais j’vais pas le laisser là-haut, quand même ! »
Moi : « Laisse tomber… Heu, non, pas tout à fait !  »
Hervé : « ???? »
Moi : « Rien rien… »
C’est corrosif, le sel marin, parfois…

JPK en haut du mât

JPK en haut du mât, Encre et aquarelle

On croise Dominique Bleichner devant Groupe 5.
_ Alors, raconte-nous ce sauvetage !
_ On a eu peur… C’est dingue comment on peut avoir les bons réflexes… A une ou deux minutes, Patrick était mort.
La voix tremble.
_ Allez, c’est l’heure de l’apéro. Tu viens ?

#2 Transquadra, Madère – Martinique, Carnet de voyage

8 février 2015

Marina du Marin

Marina du Marin, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Réveillée par le bruit de la pluie battante contre les volets, j’émerge à 4h30 du matin. Les joies du jetlag…
Malgré la nuit encore bien noire, il n’est pas difficile de comprendre qu’il fait un temps épouvantable.
Le jour se lève d’un coup, dévoilant un ciel plombé. Il pleut à torrents et un brouillard gris floute les contours de la marina.
Mon premier dessin martiniquais sera donc en noir et blanc.
Je tente une expédition au marché du Marin, escomptant une éclaircie miraculeuse. Peine perdue, j’arrive trempée et mes tongs font flic-flac. Mais bien vite, le charme des étals débordants de fruits appétissants aux couleurs chatoyantes et la faconde des marchandes me réchauffe comme un coup de soleil.

Le marché du Marin

Le marché du Marin, gouache et encre.

« Ah ben vous êtes encore là ! »
Je sursaute en reconnaissant mon voisin de siège dans l’avion.
Je tente un « Tiens, vous aussi vous êtes de la Transquadra ? » avec un petit sourire entendu. Il me dévisage, interloqué, comme si je lui avais demandé s’il faisait partie d’une secte : « heu non, on s’apprête juste à partir en croisière entre amis… » Je plonge le nez dans mon dessin en bafouillant : « Ben, bonnes vacances alors !  »
Direction la Marina pour repérer le QG de la Transquadra. J’erre comme une malheureuse toute dégoulinante de pluie à travers les boutiques à touristes, les shipchandlers et les loueurs de catamarans de croisière en essayant de me repérer. Croisant le chemin de deux équipiers de la Transquadra fraîchement arrivés, nous discutons 5 minutes tout en cherchant le bureau de course.
_ Félicitations ! Vous êtes arrivés quand ?
_ Dans la nuit…
Je suis stupéfaite de leur trouver l’air si détendu après 15 jours de course. Moi qui suis défaite au bout de 8 heures de vol passées à lire, manger, dessiner et regarder des films…
_ Alors, tout s’est bien passé ?
_ Super, à part les sargasses qui nous ont pourris. (Une ombre passe dans leur regard soudain plein d’une haine féroce… Vous croyez que j’exagère ?)
_ Ah oui, Laurent m’a demandé de lui expédier des millions de tonnes d’acide sulfurique pour en venir à bout.
_ Nous, on a pensé au napalm !
Au PC course, un rouge me confirme l’arrivée de Laurent prévue dans la soirée, vers 20h30. J’ai tellement hâte de le serrer dans mes bras.
« Bon, vous avez toute la journée pour vous en l’attendant, profitez-en !  »
Il s’est enfin arrêté de pleuvoir.
Je déambule sur le ponton 5 où s’alignent les les premiers arrivés, dont Pierrick Penven sur Zéphyrin, radieux vainqueur des solitaires toutes catégorie.

Pierrick Penven sur Zéphyrin

Pierrick Penven sur Zéphyrin, Encre et aquarelle

Puis je m’attaque à Marylou, juste à côté.
De plus en plus menaçants, les nuages s’accumulent à nouveau et le ciel noircit. Çà y est, les premières gouttes tombent drues et je n’ai que le temps de plier mes affaires en pestant.
_ Allez, venez vite vous mettre à l’abri !
Waouh… un jeune homme brun et ténébreux me fait signe de monter à bord de son gros bateau à moteur.
_ Merci, c’est vraiment sympa.
_ Pour l’art, on ferait n’importe quoi, dit-il en souriant avec des yeux qui pétillent.
Installée sur une banquette moelleuse, à l’abri d’un auvent de toile, dessiner sous la pluie prend alors une toute autre dimension.

Marylou au ponton 5

Marylou au ponton 5, encre et aquarelle

De retour à la maison, je fais un truc qui me paraissait impensable aux Antilles : une tasse de thé brûlant et un long bain bouillant pour me réchauffer car je suis totalement frigorifiée… et désespérée par ce temps pourri qui ne semble pas vraiment sur le point de s’arranger.
Bien décidée à profiter malgré tout de mon après-midi, je réserve une excursion sur l’Aquabulle, un bateau à coque de verre qui permet d’observer les fonds marins. Un plan « vacances débiles à la c… », mais pour une fois, j’assume !
J’embarque donc à 15h00 en compagnie d’un groupe de braves retraités bedonnants et de familles encombrées d’enfants surexcités. Delphine, ne te plains pas, c’était couru d’avance. Tiens, un coin de ciel bleu se dévoile.
Même à travers les parois vitrées de l’Aquabulle et les commentaires ridicules de mes voisins, la magie opère : je ne me lasse pas du spectacle des poissons vibrionnants entre les coraux tels des éclairs d’arc-en-ciel.

Les petits poissons

Les petits poissons, encre et aquarelle

Après une baignade – snorkelling, Clément sert le gouter à bord .
Et hop, un planteur ! Il n’est que 16h30, mais c’est délicieux à n’importe quelle heure.

Clément de l'Aquabulle

Clément de l’Aquabulle, gouache

Fin d’après-midi au Marin.
Je consulte fébrilement les derniers relevés de position. Oxymore est toujours prévu dans la soirée, malgré le vent qui faiblit.
A l’Annexe, je déguste un fabuleux ti punch accompagné d’accras croustillants. J’enchaîne avec le pot de bienvenue offert aux familles par l’Office du Tourisme du Marin. OK pour le planteur fruits de la passion ! J’ignore si mon foie résistera à mes vacances martiniquaises…
Le ciel se pare de teintes flamboyantes et la nuit tombe brutalement. J’ai la tête qui tourne mais impossible de résister à l’appel d’un dessin, surtout quand la lune s’en mêle. Incroyables nuances bleu nuit, bleu marine, bleu roi. Les mats se dressent comme des tiges suspendues par dizaines aux étoiles.
Affalée sous un lampadaire, je goûte le bonheur de peindre les fières silhouettes des bateaux au mouillage en tendant l’oreille pour glaner au vol des bribes d’aventure. « … le premier qui nous sert un plat d’algues au restau, il est mort… »

Marina du Marin, nocturne

Marina du Marin, nocturne, gouache

Comment tuer le temps avant l’arrivée d’Oxymore… Je suis pompette.
Tu me manques et les dernières minutes sont interminables. N’y tenant plus, je me hâte vers la jetée, munie d’un livre pour patienter et d’une bouteille de Champagne. La VHF d’un rouge qui fait les cent pas grésille. Ça y est enfin, on annonce l’arrivée imminente de deux bateaux. Mon cœur fait des bonds. C’est bien toi !!!!!
A 20h19 et 54 secondes tu franchis la ligne d’arrivée, second des solos. Encore un peu de patience avant de voir s’avancer dans le port la coque grise d’Oxymore derrière le zodiac des rouges qui te guide jusqu’à ta place. Enfin, tu t’amarres vers 21h15.
On t’accueille avec des applaudissements et un verre de rhum. Tu souris, radieux avec ta barbe de 15 jours, bronzé, vif et alerte comme si tu venais de faire une simple promenade en mer. Je me jette littéralement dans tes bras en m’envolant sur Oxymore juste avant de me faire engueuler par le rouge qui doit vérifier à bord que tout est bien conforme.
C’est un moment magique : flashs des appareils photo, caméra, interview. J’essuie discrètement une larme de fierté et de joie.
Quelle belle victoire !
Tu as réalisé ton rêve.

Laurent à l'arrivée, Transquadra 2015

Laurent à l’arrivée, Transquadra 2015

#1 Transquadra, Madère-Martinique, Carnet de voyage

7 février 2015

En route vers Orly, je frétille d’impatience à l’idée de retrouver Laurent en Martinique.
Il a pris le départ de la seconde étape de la Transquadra sur Oxymore le 24 janvier pour une transatlantique à la voile en solitaire reliant Madère au Marin en Martinique.
Quatrième au classement des solos Saint-Nazaire à l’issue de la première manche, il s’est posé depuis de nombreuses questions existentielles sur ses capacités à traverser l’Atlantique. « Et si je suis ridicule ?, et si et si et si… »  Nous avons eu droit à tous les symptômes psychosomatiques avant son départ pour Madère : état grippal, mal au ventre, un mal au genou inexplicable, une humeur de dogue…
Moi, j’ai confiance !
24 janvier, 8h30
Moi (France) : Ben, je t’appelle pour te dire au-revoir…
Laurent (Quinta Do Lorde) : Hrumfff.
Moi : ???? Bon, ça va ?
Laurent : Oui oui.
Moi : Tout se passe bien ?
Laurent : Oui oui.
Moi : Bon, ben sois prudent, j’ai confiance en toi, t’es le meilleur, tu vas me manquer, je t’aime…
Laurent (pressé): Oui oui, bon je dois te laisser. A plus.

Je raccroche, dépitée. « A plus… » A l’entendre, on a l’impression qu’il sort acheter le pain ! Je réalise qu’il part pour au minimum 15 jours de traversée, tout seul, à la conquête de l’Atlantique.

Laurent fait une course magnifique et tactique, longtemps en tête du classement, dépassé depuis peu par Zéphyrin. Je suis les relevés de positions toutes les quatre heures, et les actus postées par les Rouges sur le site de la Transquadra. Arrivée prévue d’oxymore le 8 février dans la soirée, second au classement et largement devant le troisième. L’honneur est sauf !

Orly Sud

Orly Sud, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Je tue le temps en dessinant depuis une salle d’embarquement inondée de soleil. Air Caraïbes se fait une beauté sous un magnifique ciel bleu… et je suis enfin en vacances, pressée de découvrir la Martinique et rêvant de ti punch sous les cocotiers !

En cabine, vol TX5924

En cabine, vol TX5924, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Tout en croquant mes voisins distraitement, je songe aux mails trop rares de Laurent. Il faut bien avouer que le prix de la minute du forfait iridium par satellite décourage toutes velléités d’écriture. J’avais des consignes précises : pas plus de 2 lignes, pas de texte en gras, pas d’images, pas de majuscules, pas d’italique.
Moi, ironique : tu préfères que je laisse les mots tout attachés sans espaces sans ponctuation pour économiser des octets, ou bien j’ai le droit de les séparer ?
Laurent : Ha ha ha…
Quand un mail en provenance d’Oxymore@skyfile.com atterrit dans ma boîte, mon coeur palpite et je tangue… Grâce au ciel, on a des nouvelles de la mer : magique !

27 janvier

Bon, ben… RAS en fait ; il y a plus de vent que prévu (23 à 30 nds), le bateau va bien, je suis sous spi, ça avance pas mal… mon option sud est volontaire (disons que j’ai suivi le routage !), mais je pense me recentrer demain. Pour ce qui me concerne, aucun bobo, je suis juste très fatigué, j’aimerais bien un poil moins de vent pour pouvoir dormir plus !

Tombé à l’eau le 27 janvier, Patrice Carpentier est récupéré de justesse par son équipier, on dénombre pas mal de casse (démâtages, chavirages, voies d’eau) et des bateaux perdus. Heureusement, les hommes ont tous été sauvés malgré des situations compliquées. Je commence à stresser en sachant Laurent tout seul au milieu de l’Atlantique. Il fait une superbe course, premier au classement des solitaires.

Classement 28 janvier

Classement 28 janvier

30 janvier
Coup de mou hier (bricolage pénible, bateau mal réglé, hypoglycémie probable,
allure chiante) , mais c’est passé et ça repart ! hier les autres ont fait à
peine mieux mais j’ai pas le classement de ce matin. A suivre !

31 janvier
je n’ai pas le classement de ce matin mais ça va pas être beau : nuit catastrophique sans vent, j’ai eu le tord de suivre le routage qui, en théorie, contournait la zone de « molle » mais en pratique, ben, pas totalement… heureusement c’est revenu ce matin. Je crains que mes camarades plus au sud n’aient pas eu cette molle et me passent en une nuit! Bon,à part ça, RAS, le spi orange est en l’air, le prochain empannage est prévu pour demain fin d’après-midi (sauf imprévu, grain, etc.), le skipper va bien. Pour l’iridium, il me reste ce matin 39 mn, avant envoi de ce mail et réception du classement. Je consomme env. 20 mn par jour (1 classement = 4 mn, 1 requête GRIB = 2 mn, réception du GRIB = 6 mn, le tout c’est si ça plante pas parce qu’alors faut recommencer… et les minutes « perdues » sont quand même décomptées, évidemment). DONC : il va falloir en remettre ; MAIS on est le WE et ça risque d’être fermé, en tout cas demain c’est sûr. Peux-tu voir s’il est possible de remettre des minutes aujourd’hui (ce matin), sinon à défaut lundi matin à la première heure ? (de toute façon je risque de n’avoir ni météo ni classement avant lundi, on ne peut pas dire que ça m’arrange…).

2 février
Merci pour la recharge Iridium. J’ai reçu un classement (so far so good), pas encore la météo. Bon, apparemment ceux du sud n’ont pas franchement plus de vent, les écarts
semblent se tenir depuis « la molle ». J’aurais repris 3 milles à Pierrick cette nuit ?
D’après Rémi, plus de grand spi pour JF Hamon, dommage pour lui mais pour moi c’est une bonne nouvelle… je caresse l’espoir qu’il reste derrière ; reste Pierrick Penven, l’animal va vite et il est bon en nav ! Du coup, au Général, ça pourrait faire podium si Solua reste bien là où il est, voire 2 si j’arrivais à mettre JFH suffisamment loin derrière…? On verra, il reste encore pas mal de route, ne vendons pas la peau etc etc !! Sinon, super conditions de nav, sous spi et sous le soleil, même si parfois c’est un peu « mou » ; le bateau va bien (et il a toutes ses voiles, lui !), le skipper aussi. Il pense à se laver pour la 1ère fois depuis le départ, c’est dire !

Ah ! Cette fameuse molle que d’autres appellent également bulle. Elle fait débat, entre les partisans de la ligne directe, ceux de la route nord et les Sudistes.
Visiblement, la ligne droite n’est pas la plus rapide et nombreux sont les concurrents tombés dans le piège de cette bulle anticyclonique : rien d’autre à faire que de se traîner à 3 noeuds de moyenne tandis que doublent à toute vitesse les tenants de la route sud bien plus ventée.
Mais c’était sans compter les sargasses… car voilà le véritable ennemi des concurrents : une algue malfaisante qui les a tous traumatisés. De gigantesques nappes de sargasse, véritables pièges pour les safrans, empêchant d’avancer, déréglant le bateau et contraignant les skippers à d’épuisantes manoeuvres.

3 février
Des algues, des algues, P….. D’ALGUES !!! c’est insupportable.
T’aurais pas quelques millions de tonnes d’acide sulfurique sous la main ??

Ils ont tous eu des pensées meurtrières envers les sargasses : l’acide, la marée noire, le napalm… La première question sur les pontons, à l’arrivée : « alors, comment t’as fait avec les sargasses ? » et la réponse : « Saloperie de merde, on en a bavé… une autre Transquadra avec les sargasses ? Ah non, certainement pas. »

3 février, plus tard
Bon, tu auras peut-être remarqué des vitesses inhabituellement basses… j’ai décidé de prendre un bain. De 3 heures. Volontaire, dans un sens (je ne suis pas tombé, j’y suis allé de mon propre gré) mais forcé quand même, pour démêler un bras de spi pris dans la quille, l’hélice, les safrans… C’est reparti, je suis pas mal énervé mais toujours motivé.
J’ai hâte de te voir…

Je tente d’imaginer Laurent barbotant dans les algues pour une petite thalasso, juste raccordé à Oxymore par un bout, en plein milieu de l’Océan, sans âme qui vive autour… Je ne suis pas d’un naturel stressé, mais là, tout de même ! Le fin mot de l’histoire : 3 heures passées sous la coque pour démêler un bras de spi entortillé dans l’hélice parce que cet étourdi avait embrayé son moteur en marche arrière (les équipages ont le droit de démarrer le moteur au point mort pour recharger les batteries uniquement). Et Zéphyrin qui prend de l’avance ! Je lance une imprécation contre Pierrick depuis mon atelier : cela a pour effet immédiat de cramer ma box internet et de me valoir 2 heures de hotline avec Orange (qui n’a de hot que le nom et la couleur…)… Véridique !

6 février
Nuit pluvieuse, venteuse, lever de soleil gris et humide… on se croirait n’importe où sauf aux Antilles ! heureusement que j’ai un clavier étanche … Je n’ai pas le classement de ce matin mais pour la victoire ça sent pas bon ; reste à accrocher la 2ème place, suffisamment loin devant JF Hamon ! Quand arrives-tu ? Pour moi, sans doute dimanche dans la journée, à voir.

From the sky

From the sky, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Nous atterrissons  dans deux heures environ. Un dernier croquis – j’adore le Boeing 747, spacieux et lumineux – de la cabine. Malheureusement, impossible de dessiner à l’intérieur du cockpit, même en faisant les yeux doux à l’équipage.

En cabine, vol TX 5924

En cabine, vol TX 5924, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Bienvenue à Fort de France, température au sol 30 degrés, ciel gris, nuageux, petite pluie.
Il est 16h00, heure locale.
Après avoir récupéré ma valise, je saute dans un taxi tandis qu’une espèce de fanfare de carnaval tambourine dans un vacarme indescriptible à la sortie de l’aéroport. Direction le Marin.
Il pleut des trombes d’eau. Disons que ça porte bonheur…

Un croquis, une histoire : en cabine

En cabine, vol Paris-Istanbul Air France

En cabine, vol Paris-Istanbul Air France, Encre de Chine et aquarelle, Delphine Priollaud-Stoclet

Je collectionne les dessins de cabines, de galleys et de cockpits – même s’il est devenu très difficile de s’immiscer comme je le faisais avant dans le poste de pilotage.
Le sésame : un dessin !
Il suffit d’ouvrir mon carnet et de commencer à croquer un passager endormi pour qu’un steward ou une hôtesse s’interrompe dans son service en engageant la conversation. Et je lis toujours la même envie de « savoir dessiner » à travers les mots et les sourires. L’admiration également, même si pour moi cela n’a rien d’extraordinaire d’esquisser au fil de mes carnets les rencontres, émotions, joies et souvenirs qui jalonnent mes parcours quotidiens.
Fabrice débarrasse les plateaux-repas, intrigué par mon carnet :
« Ça vous dirait de nous dessiner moi et mon collègue dans le galley ? »
Moi : « Bien sûr… Et vous croyez qu’un dessin dans le cockpit, ce serait jouable ? »
Fabrice : « Il sont sympas sur ce vol. On est un peu près de l’atterrissage, mais je vais voir. »
Il revient : « Ils auraient bien aimé, mais il y a déjà un visiteur. Une autre fois, peut-être ! Mais nous on est partant pendant notre pause déjeuner. »
J’embarque donc mon carnet et un feutre, et c’est parti pour un dessin-minute juste avant la phase de descente.

Pause repas

Pause repas dans le galley, encre de Chine.

« Veuillez regagner votre siège, remonter votre tablette et le dossier de votre siège et attacher votre ceinture… »
Il pleut sur Istanbul.

Un croquis, une histoire. Le temple Baphuon à Angkor (Cambodge)

Le Baphuon, Angkor, Cambodge

Le temple Baphuon, à Angkor. Encre et aquarelle. Delphine Priollaud-Stoclet, décembre 2014

Second jour de visite sur la plaine d’Angkor. Les mots ne suffisent pas à décrire la beauté des fromagers enlaçant la pierre et la noblesse de ces ruines encore si fastueuses et monumentales.
Dessiner à Angkor est un rêve de longue date.
Je prépare mon sac, tout excitée à l’idée de peindre Angkor Wat et d’autres sites remarquables dans mon carnet cambodgien.
Arrivée sur place, c’est la catastrophe ! J’ai bêtement laissé sur le bureau de ma chambre d’hôtel la trousse contenant mon précieux matériel de dessin. Je n’ai en tout et pour tout qu’un flacon d’encre de Chine noire et une palette d’aquarelle. Ni feutres, ni pinceaux, ni crayons.
Rien.
Oscillant entre rage et désespoir, je préfère finalement céder à la pulsion créative qui me conduit à ramasser une collection de brindilles, feuilles mortes, et autres capsules cabossées pour fabriquer des outils à dessiner différents et étonnants.
Je teste avec entrain ces calames improvisés : traits aléatoires, excès d’encre, taches, coulures, manques, gris nuancés et noirs intenses. Peu importe le résultat : je m’amuse beaucoup, détachée de la « nécessité » de bien faire. Adviendra ce qu’il adviendra… Quelques couleurs diluées avec ma bouteille d’eau et appliquées au doigt pour finir en beauté. Finalement, la vraie liberté, c’est de ne rien avoir et de faire avec les moyens du bord.

Un croquis, une histoire. Crêpes stambouliotes

Carnet de voyage à Istanbul. Confection des crêpes, restaurant Han

Carnet de voyage à Istanbul. Confection des crêpes, restaurant Han. Delphine Priollaud-Stoclet ©
Encre et brou de noix.

Il fait un temps de chien à Istanbul et je meurs de faim.
Nous avons arpenté la ville toute la journée et affronté une pluie diluvienne, glaçante, assortie de bourrasques de vent qui ont décimé toute une population de parapluies : nous avons beaucoup ri en regardant les gens courir après leur parapluie retourné… lequel finissait dans une poubelle pleine de ses semblables aussi mal en point que lui.
Installées en vitrine d’un restaurant à touristes de Sultanhamet, à deux pas de Sainte Sophie, deux femmes confectionnent de fines crêpes en un tour de main. Il ne m’en faut pas plus pour pousser la porte, ayant repéré une table libre offrant un point de vue tout à fait stratégique pour dessiner. La carte est affreusement chère et l’endroit tient plus du hall de gare que du restaurant romantique. Tant pis ! Je dessine sous l’oeil curieux d’une famille venant de Dubaï avec laquelle j’entame une discussion plaisante et décalée sur la pluie et le beau temps parisien… Un serveur tente une incursion par-dessus mon épaule, la crêpière me sourit timidement. Comme j’aime ces délicieux moments de partage grâce au dessin. Pour la remercier, je la croque une deuxième fois et lui offre l’esquisse, avant d’attaquer ma crêpe aux épinards bien méritée !

Carnets de vacances… Carnets de voyage de Delphine Priollaud-Stoclet

Quand il fait gris, je plonge la tête la première dans mes carnets colorés… pour me noyer dans mes petits souvenirs de vacances ! Je déteste griller sur la plage, mais quel bonheur de bronzer en croquant le délicieux spectacle des vacances tandis que le secouriste veille au grain… A suivre l’été prochain !

La plage, Théoule sur Mer

La plage, Théoule sur Mer, feutre et aquarelle.

A quoi sert le dessin, à fortiori le carnet de voyage ?

Souk Attarinne, Marrakech

Souk Attarinne, Marrakech, novembre 2014. Delphine Priollaud-Stoclet

« Le travail de l’auteur suggère la possibilité d’une fiction suprême, reconnue comme fiction, dans laquelle l’humanité pourrait à soi-même s’offrir un comblement. Dans la création d’une telle fiction, quelle qu’elle soit, la poésie serait dotée d’une importance vitale. Les nombreux poèmes qui se rapportent aux interactions de la réalité et de l’imagination doivent être considérés comme situés en marge de ce thème central. »
Wallace Stevens, Lettre,

Remplacez « auteur » par « peintre » et « poésie » par « dessin »…

La clameur de Djema El Fna

La clameur de Djema El Fna, Carnet de voyage au Maroc, novembre 2014


À quoi sert le dessin, à fortiori le carnet de voyage ?

À produire une belle image marketée sur papier glacé, un cliché reproductible et déclinable à l’infini reprenant tous les codes « style carnet de voyage » : joli dessin exotique sur papier journal, collages d’étiquettes usées et désuètes, calligraphies abusant des pleins et des déliés, aquarelle brillante et belle facture … Bref, une image formatée comme un tube de l’été avec une recette qui a fait ses preuves ? Ou bien est-ce une mémoire sensible, une image intériorisée moins immédiate et plus difficile à cerner, une prise de risques et une recherche parfois déstabilisante et pas toujours très jolie ? Un territoire inconnu finalement, à mille lieux des sentiers balisés et rebattus qui ont la faveur de tous ceux qui craignent finalement ce qui leur est étranger et demande un effort…
Le débat est ouvert !

Et pour ceux qui s’intéressent à la question de l’interprétation, de la vérité, du statut de l’oeuvre par rapport à la réalité, je vous invite à découvrir le poème de Wallace Stevens, poète américain (1879-1955) intitulé Treize façons de regarder un merle.
Ce poème montre à quel point notre manière de regarder, d’observer la réalité et l’interprétation qui en découle modifie notre perception. Il n’existe pas de point de vue unique, mais une infinité d’imaginations (de « mises en images ») possibles et subjectives. En tout cas, il est bon de s’éloigner des apparences…

I
Entre vingt pics neigeux,
Tout était immobile
Hormis pour l’œil d’un merle.

II
J’avais trois idées en tête,
Comme un arbre
Où sont juchés trois merles.

III
Le merle tourbillonnait dans les vents d’automne —
Une petite partie de la pantomime.

IV
Un homme et une femme
Sont un.
Un homme et une femme et un merle
Sont un.

V
Je ne sais ce que je préfère
De la beauté des inflexions,
De celle des sous-entendus.
Le merle sifflotant,
Ou juste après.

VI
Des glaçons garnissaient la fenêtre allongée
De verre barbare.
L’ombre du merle la traversait
De part en part.
On sentait,
Tracée dans cette ombre,
Une indéchiffrable cause.

VII
Ô vous, minces hommes d’Haddam,
Pourquoi aller imaginer
Des oiseaux d’or? Mais voyez donc:
Le merle marche entre les jambes
Des femmes qui sont près de vous.

VIII
Je sais de fort nobles accents,
Des rythmes clairs, inéchappables;
Mais je sais, aussi, que le merle
Fait partie de ce que je sais.

IX
Lorsque l’œil le perdit de vue,
Le merle en vol marqua le bord
De l’un des cercles innombrables.

X
Apercevant des merles
En vol dans un jour vert,
Jusqu’aux macs d’euphonie
Qui poussent de hauts cris.

XI
Il passait le Connecticut
Dans une berline de verre.
La peur une fois le saisit:
Il prit l’ombre de ses coursiers
Pour des merles.

XII
La rivière est en branle.
Le merle doit voler.

XIII
Tout l’après-midi, il fit soir.
Il neigeait
Et il allait neiger sous peu.
Le merle restait
Perché dans les branches du cèdre.

La Transquadra fait escale à Madère – Carnet de course en dessins

1er août 2014
Je suis scotchée devant mon écran d’ordinateur, à suivre le classement et la position des concurrents de la Transquadra. Cela fait maintenant un peu plus de 5 jours qu’ils se sont élancés depuis la ligne de départ à Saint-Nazaire. Après un beau départ, Oxymore s’est laissé distancer par Zéphyrin, Pour Aster et Solua. Il se maintient à la quatrième place, et c’est déjà pas mal du tout !
Il est temps de boucler ma valise pour Madère : décollage prévu ce soir depuis Orly Sud.
Une interminable pagaille au check-in, du retard… Bref, on embarque enfin. Je m’installe au siège 1C avec une superbe vue sur le cockpit ouvert pendant les dernières vérifications. Malgré une hôtesse peu coopérante qui me bouche sciemment la vue, je croque aussi vite que possible… J’adore m’incruster dans les cockpits pour dessiner, même si c’est de plus en plus difficile d’y accéder.
Cockpit vol TransaviaJe profite du voyage pour relire les rares mails de Laurent :
29 juillet
Hello !
on est mardi matin, je suis à une quarantaine de milles du cap Finisterre.
RAS à bord, le marin va bien, un peu barbouillé la première nuit mais c’est
passé (normal, quoi), un peu mal à une écorchure à un doigt mais comme j’ai
trop de crèmes, je ne sais pas laquelle mettre alors j’en mets pas,
j’envisage de changer de caleçon un de ces jours… et j’apprécie le
confort de mon pouf.
Quant au bateau, le bilan est, comme on disait dans les années 70 au Parti
Communiste en parlant de l’URSS, « globalement positif » : un accroc au
génois sur le balcon avant lors du départ, et un problème de port informatique qui m’empêche d’avoir les AIS sur
Maxsea !!
Le classement ne va pas être terrible ce matin, je l’attends avec assez peu
d’impatience. Mauvaise nuit.
30 juillet
Curieuse course, décidément. Après une journée d’hier où TOUT s’est fait à
l’envers, aujourd’hui, c’est la tempête !
Le sort était vraiment contre moi hier : d’abord, j’ai eu le seul moment de
quasi-pétole de toute la flotte (1/4 d’heure entre 2 nuages), ensuite,à
chaque fois que j’envoyais le spi medium, 10 mn après le vent atteignait
les 25 nds, donc envoi du lourd pour ne pas exploser le medium,et hop, le
vent passe à 14 nds… d’où re-medium, etc… j’ai fini par laisser le
lourd, mais la vitesse s’en est ressentie. Et en prim, 2 superbes
cocotiers, j’ai récupéré le code 5 entier à chque fois mais c’est un
miracle, et quel bordel après !!
Après ça, donc, tempête! le vent est monté jusqu’à 40 nds cette nuit, avec
une mer déferlante vraiment grosse. J’ai battu le record de vitesse
du bateau (15,84 nds) sous spi,et ensuite le speedo a plusieurs fois
dépassé les 14 nds sous GV 1 ris et solent… Dans cette mer, le pilote a
quand même du mal à gérer (ou bien il est mal réglé ?) donc j’ai barré
jusqu’à 5h30. Depuis, repos, j’ai trouvé une allure où le pilote accepte de
bosser (mer de l’arrière, vent un peu décalé, parfait !),le vent est un peu
tombé mais la mer reste grosse et j’hésite à briser ce fragile équilibre en
renvoyant le code 5. On va voir.
La suite au prochain numéro !
(Pour moi qui ne parle pas le marin couramment, j’ai vaguement compris qu’il y avait eu baston au Cap Finisterre !)
31 juillet
Temps breton en Algarve ?
Non, n’exagérons rien, il ne pleut pas ; mais 25°C et un ciel tout gris à
la latitude de Lisbonne, franchement…
A part ça tout va bien à bord, 20 nds de vent au grand largue, le bateau va
tout seul sous spi ; ça s’est calmé depuis hier, c’est dommage parce que
l’après-midi d’hier et le début de nuit étaient parfaits, temps superbe,
vitesse, à peu près dans la bonne direction (en tout cas pour éviter la
zone sans vent vers la côte portugaise). Le seul truc c’est que je n’ai pas
eu de classement depuis hier 14h, et que ça fait 36h qu’apparemment je suis
seul au monde, personne en vue ni à la VHF à part un cargo russe… on va
voir ce que tout ça donne lors du prochain classement !
Peux-tu m’envoyer les derniers classements par mail ?
J’atterris à Funchal au milieu de la nuit, transfert à la marina de Quinta de Lorde. Je m’écroule dans mon lit.
Arrivée de Laurent prévue demain dans la soirée.

2 août 2014
Je retrouve Madère sans réel plaisir : ce n’est vraiment pas ma destination préférée ! Mais il faut reconnaître la beauté de la pointe Sao Lourenço. Je profite de la matinée pour m’y promener et redécouvrir les roches pigmentées de vermillon, striées d’ocre doré et de violine. Mer indigo.
Pointe de Sao Lourenço
Les premiers bateaux sont arrivés dans la matinée et se succèdent. Le vainqueur de la première manche en double est 3D Développeurs immobiliers skippé par Jean-Pierre Kelbert et Hervé Perroud. Pierrick Penven, vainqueur en solo depuis Saint-Nazaire s’invite pour l’apéro en fin de matinée. Les pontons se remplissent peu à peu, et un comité d’accueil en chemises rouges fête chaque arrivée. Moi, je sirote un planteur aux fruits de la passion en faisant connaissance avec les équipages.
Les Premiers arrivésPierrick Penven, Zéphyrin

 

Déjeuner au Skipper’s Bar qui deviendra la cantine officielle de la Transquadra. Un rapide portrait de Pierrick tout juste débarqué : « J’ai perdu au moins deux kilos, quelle merde ces lyophilisés ! ».
Je harcèle le staff en rouge pour avoir une idée de l’heure d’arrivée d’Oxymore. Ils sont morts de rire et me prennent pour une grande angoissée… Pas du tout ! J’aimerais juste comprendre comment on fait pour estimer le temps restant avec le relevé des positions. Bon, on finit par m’expliquer le rapport entre les miles nautiques et les noeuds et j’en déduis que Laurent devrait poser pied à terre vers minuit.

Marina Quinto de Lorde, MadèreJe dîne en saisissant au vol la belle lumière du soleil couchant. Les drapeaux multicolores flottent au vent, la montagne s’embrase. Plus qu’à attendre maintenant…
A 19H06, je reçois ceci :
Arrivée prévue vers 23H30 heure française, hâte de te voir !
Je le trouve bien optimiste : mes savants calculs m’indiqueraient plutôt 1 heure du mat’ et non 22H30, heure locale… Je décide de mettre le Champagne au frais et de dormir un peu. Vers 23H15, me voilà munie de ma bouteille, me dirigeant d’un pas mesuré vers les pontons avec un bouquin et ma frontale pour patienter… Mon téléphone sonne : « Ben alors, qu’est-ce que tu fous ? Ca fait 1 heure que je suis arrivé. Le bateau est amarré ! «  Je me précipite vers le ponton C, juste dégoûtée de ne pas avoir été là au bon moment… La faute aux relevés de positions !
Oxymore a donc franchi la ligne d’arrivée à 22H40, au bout de 6 jours, 6 heures, 19 minutes et 40 secondes de course. On fête ça dignement au Champagne !
Laurent semble en pleine forme : il m’obligerait presque à plier la grand voile à 1 heure du matin… Après quelques rangements « Faut absolument que je le fasse maintenant » et trois faux départs « Attends, j’ai oublié un truc à bord », il pose enfin pied à terre. Dur de quitter le navire…
Avant d’éteindre la lumière :
Moi : « Alors, tu es content ? »
Laurent : « Bof, j’aurais pu mieux faire… »
Moi : « C’est super, quatrième ! »
Laurent : « J’suis pas content de moi… Pas pris assez de risques ! »
Moi : « Pffffff… Bonne nuit ! »
Arrivée d'Oxymore3 août 2014
La marina grouille de monde : presque tous les bateaux sont arrivés. On s’active sur le pont, les familles mettent la main au rangement, au rinçage, au nettoyage. Belle ambiance de fin de course. Chacun commente sa traversée et les équipages se retrouvent avec plaisir.
Rockall lave son lingeComment résister à cette brochette de gants, mitaines usées par les bouts et les écoutes ? Et le linge sale de Rockall qui sèche en tas sur le ponton !
Tandis qu’au Skipper’s Bar,le staff travaille dur… Le rouge n’est pas que sur les chemises !
Le staffRetour après déjeuner sur les pontons. Laurent s’affaire à bord d’Oxymore et j’observe avec amusement les salopettes suspendues aux haubans, les mocassins-bateau accrochés à un chandelier, les cordages emmêlés, les branchements sauvages…
Rangement sur les pontons
Je convaincs finalement Laurent de m’accompagner pour une promenade sur le cap. Superbe lumière.
Installée à l’abri d’un rocher pour dessiner, je livre un véritable combat contre le vent qui souffle violemment ! La peinture fait ce qu’elle veut, je cours après mes pinceaux qui s’envolent, les pinces à dessin ne suffisent pas pour maintenir mon carnet en place. C’est terrible !
Falaise à Sao Lourenço4 août 2014
Une bonne journée commence toujours par un croquis au port. La séance de réparation de voile fait parfaitement l’affaire !
L’intérêt suscité par mes petits dessins m’étonne toujours… C’est peu de choses, mais rien ne me touche davantage que de voir les personnes tourner les pages du carnet en souriant, en commentant, en se rappelant, en se projetant.
Le carnet de voyage est un magnifique moyen de communication et d’échanges.
Réparation des voilesLassés par « la cantine », nous choisissons de pique-niquer sur une plage de galets en contrebas de pointe Sao Lourenço. Un délicieux moment prolongé par une baignade à l’eau claire.
Je m’arrête au retour pour dessiner une vue plongeante de la marina Quinta do Lorde. L’ensemble comprend une marina privée, un hôtel 5* et des appartements, à quelques kilomètres de Caniçal et de Machico. C’est sympa mais très isolé, et nous tournons vite en rond. Un sujet de plaisanterie entre les équipages.

Marina Quinta do LordeJe redescends tout juste pour assister à l’arrivée d’Artisan, the last one, au bout de 8 jours de courses et un stop en Espagne à l’hôpital pour William Caldwell, blessé mais sans gravité. Ca y est, ils sont enfin tous là…
L'arrivée d'Artisan5 août 2014
Laurent accuse la fatigue de la course et nous traînons toute la journée, entre la piscine d’eau de mer, la piscine à étages et la piscine devant notre chambre. Nous passons également pas mal de temps à discuter avec Valérie, la seule femme solo, avec Jean-Pierre, sa femme Sophie, Dominique, Erwann, Hervé, Patrick, François… On refait la course, on cause gréement, pannes, casses, mécanique et stratégie.
Nous sommes conviés par la direction du Quinta do Lorde à un cocktail de présentation. Un groupe de danse folklorique fait son entrée, le vin de Madère coule à flots et fidèle à mes crayons, je croque l’évènement !
Les danseursCocktailUn ballet de chemises blanches, « Les concurrents », et de chemises rouges, « l’organisation », les enfants qui s’amusent comme des fous, les « femmes de » heureuses d’avoir retrouvé leur mari marin.

6 août 2014

Après quelques déboireAu Pico Ruivos pour louer une voiture, pour finalement nous retrouver sans rien, coincés à Quinta do Lorde Land, Dominique (Groupe 5) propose de faire voiture commune.
Nous voilà partis en direction du Pico do Areeiro. Je demeure décidément insensible aux charmes de Madère, pourtant réputée pour être la perle de l’Atlantique… Dominique prend d’un bon pas le chemin de randonnée tandis que je râle contre le vent, les marcheurs, les escaliers, le vertige, le paysage…

Lézard à MadèreMême les lézards sont suicidaires !

Laurent : « Dis-donc, tu ne serais pas un peu caillou dans la chaussure, toi ? »
Je négocie l’arrêt de la randonnée, et une balade à Funchal via un détour par une petite marche pour débutants paresseux à Balcoes.
Je croque en chemin une tricoteuse de bonnets de laine… Il fait 30 degrés !

La tricoteuse de Balcoes

Chaleur étouffante à Funchal. Pause fraîcheur avec un sorbet à l’ananas dans le vieux quartier aux maisons colorées traversé par les cabines du téléphérique.
Funchal

Dominique nous attend au restaurant du Pico do Areeiro, où nous arrivons après un trajet épique. Quand la voiture refuse littéralement d’avancer en première au milieu d’un raidillon au-dessus d’un ravin, on n’en mène pas large !
Dîner entre JPK.
Au menu :  chansons paillardes, vin rouge et plans sur la comète…
Dîner JPK

7 août 2014
Laurent règle les derniers détails pour l’hivernage d’Oxymore à Madère pendant que je range le frigidaire et décide de mitonner une petite salade de harengs-pommes à l’huile pour finir les restes. En quête d’un oignon, je croise Sophie qui nous invite à déjeuner sur Yemanja, le JPK 38 d’Hervé. Nous partagerons avec Valérie, Jean-Pierre, Sophie, Frédéric (Coco), sa femme, Hervé et les enfants la salade et mille autres bonnes choses. Moi qui avais juré ne plus jamais me laisser embarquer dans une croisière, je suis conquise par ce bateau spacieux et lumineux.
Moi : « Tu vois, si t’achète ça, je pars en croisière avec toi ! »
Laurent : « Sérieux ???? »
Moi : « Ben oui… Y a une vraie cuisine, des vraies cabines, un vrai cockpit… »
Laurent : « Pffff… J’aime trop mon bateau pour changer ! »
Moi (intérieurement) : « Ouf ! »
JPK38

Le banquet de clôture se prépare activement. Les barbecues fument, et les tables se dressent en rouge et blanc. La plupart des bateaux sont à présent au sec sous la piste de l’aéroport, les pontons sont vides. Finie la frénésie des premiers jours. L’heure est à la détente, on pense au retour et même à la deuxième manche. J’ai déjà réservé mon billet d’avion et la location d’un appartement au Marin en Martinique. Les skippers évoquent la difficulté de convoyer le bateau en Cargo. Tout le monde a déjà un peu quitté Madère…
Que la fête commence !
Soirée de clôture

Proclamation du classementProclamation du classement.

Les assiettes et les verres sont pleins, les langues déliées.
Laurent se couche à 4 heures du matin.
Moi, à moitié réveillée : « Non mais t’as vu l’heure ???? »
Laurent (sourire alcoolisé) : « C’est quand même une course super sympa… »
Soirée de clôture

8 août 2014
Pascal nous dépose à l’aéroport.
Nous sommes plusieurs à repartir par le même vol Transavia en direction d’Orly Sud.
Il pleut à Paris.

Merci à tous ceux qui se sont laissés croqués, aux équipages, au staff de la Transquadra.
Et vivement la Martinique !

La Transquadra se dessine… Carnet de course

Laurent sur Oxymore, Transquadra 2014-2015

Laurent sur Oxymore, Transquadra 2014-2015

En rencontrant Laurent, j’ai épousé non seulement un homme adorable mais également sa passion, la voile ! La mer faisait partie du package…
Malade comme un chien et trouillarde en mer, je déteste naviguer, mais je voue une immense admiration pour l’engagement et la ténacité dont a fait preuve Laurent dans sa préparation d’une transatlantique en solitaire, la Transquadra.
Un rêve qu’il murit depuis des années.
Oxymore est enfin arrivé l’été dernier, sorti du chantier de Jean-Pierre Kelbert : un JPK 10.10, magnifique avec sa coque grise et son pont en teck. Rapide, élancé, et minutieusement étudié dans les moindres détails pour la course en solitaire.

Le départ a été donné depuis Saint-Nazaire le 27 juillet à 17h20.
Prochaine étape : Madère !
En tenant un journal de bord en dessin des 3 ultimes jours de préparation, j’ai voulu rendre hommage à ces hommes et femmes engagés, passionnés et passionnants. Skippers, staff, familles… Vous êtes tous formidables !

 24 juillet 2014
J-3
Arrivée à Saint-Nazaire après un détour par la pharmacie de Bubu à Rennes pour récupérer la trousse à pharmacie obligatoire en mer : Laurent devrait pouvoir survivre à tout ! Du kit de réparation dentaire à l’IV d’adrénaline, en passant par le nécessaire à suture et la morphine, tout y est.

A quai, bassin de Saint-Nazaire

A quai, bassin de Saint-Nazaire quai Est, Laurent à l’oeuvre sur Oxymore.

Sous un soleil de plomb, temps à l’orage, Laurent accroche son cagnard : numéro douze.
C’est l’effervescence… Premiers coups de tonnerre.

Installation de Jeppe Heim

Installation de Jeppe Heim

Pendant que certains triment sous la pluie, je file m’abriter dans la base de sous-marins et tombe nez à nez avec Distance, une installation monumentale de Jeppe Heim, qui fait la joie des enfants : des boules blanches s’élancent dans une gigantesque structure métallique évoquant une attraction délirante de fête foraine superbement intégrée dans  cet espace laissé brut de décoffrage.

Le bassin de Saint-Nazaire

Le bassin de Saint-Nazaire.

Aquarelle du soir depuis le pont-levant. Belle lumière. Fascinée par cette forêt de mats tintinnabulant et pavoisés aux couleurs de la transquadra.
Moi à Laurent : « Alors ? »
Laurent : « J’suis pas dedans. »
Moi : « Pourquoi ? »
Laurent : « Ils font des tas de trucs à bord, moi j’ai l’impression que c’est OK. C’est pas normal. »
Moi : « Arrête… Bonne nuit ! »

25 juillet 2014
J-2

Cabane de pêcheur

Cabane de pêcheur

Cabane de pêcheur

Cabane de pêcheur

Je découvre le bord de mer à Saint-Nazaire, et les ravissantes cabanes de pêcheurs qui donnent à la plage un charme fou. Impossible de résister à la tentation d’un dessin. Marée basse, vase luisante, rares joggers. Délicieux moment.

Sur la plage

Sur la plage

 

Pêcheur rangeant ses filets

Pêcheur rangeant ses filets

J’arrive enfin sur le ponton pour soutenir moralement Laurent et découvre ce pêcheur à l’ouvrage. Hop, Laurent partira tout seul à la pompe remplir son bidon d’essence : moi, je croque en brûlant au soleil !

 

A quai

A quai

Je m’installe en fin d’après-midi de l’autre côté du bassin et croque le quai d’amarrage d’Oxymore depuis la base sous-marine. Les promeneurs s’arrêtent, intrigués. J’adore ces échanges impromptus où chacun raconte un peu sa vie, l’air de rien…
Le bassin de Saint-Nazaire n’est pas une marina ! Il y règne une atmosphère de chantier, de travail, de pêche… C’est à la fois décalé et très authentique.

 

Plombage du moteur

Plombage du moteur

Et si jamais le solitaire à l’arrêt dans la pétole succombait à un coup de cafard gigantesque au point de démarrer le moteur…

Soirée de présentation des équipages

Soirée de présentation des équipages

Conversation glanée entre Laurent et un skipper à la soirée de présentation des équipages. Le spleen du concurrent avant le départ…

Présentation des équipages

Présentation des équipages

Soirée de présentation des équipages

Soirée de présentation des équipages

Yolaine de La Bigne appelle les skippers un par un : Pour Aster, Oxymore, Chasseur de prime, Vent d’Ox, Clair de lhune, Détours du monde, Equateur II, Les pompons, Raging Bee, Jokari, Zinzolin, Papillon 3, Philia, Laminak… A travers cette énumération digne d’un inventaire à la Prévert, on entend un petit morceau de vie, on reconnait le prénom des enfants, un rêve, un parcours. C’est un défilé de chemises blanches siglées Transquadra qui se mélangent aux chemises rouges des organisateurs.
Le buffet est ouvert ! La fête commence avec les Gabiers d’Artimon au grand complet, en marinière.

Les Gabiers d'Artimon

Les Gabiers d’Artimon

Gabier d'Artimon

Un Gabier d’Artimon solitaire croqué à son insu…

26 juillet 2014
J-1

Holly Totsy Gang

Holly Totsy Gang

Village de la Transquadra : un air de jazz endiablé résonne sur le quai. Le soleil tape fort et mon stylo danse tout seul. On m’apporte une chaise, une part de far breton aux pruneaux et je dessine au rythme de la musique ! L’esprit de la Transquadra : sympathie et bonne humeur ! Je culpabilise légèrement de laisser Laurent faire son avitaillement tout seul. Quoique ! Valérie, la seule femme solitaire de l’épreuve se dévoue pour l’accompagner.

Valérie Antonini

Valérie Antonini

Qu’à cela ne tienne, au diable Carrefour Market et la queue du samedi à la caisse, je préfère largement enchaîner les croquis munie d’un verre de ti punch puisque c’est la journée « Martinique ». L’Office du Tourisme de Marin  s’est démené pour un apéro-dégustation antillais du tonnerre ! D’un seul coup, j’ai subitement hâte d’être à l’arrivée de la deuxième étape en Martinique…

Le pot de l'Office du tourisme du Marin, Martinique

Le pot de l’Office du tourisme du Marin (Martinique)

Je rejoins Rémi, l’ami fidèle de Laurent et préparateur-bricoleur-équipier de génie. Mission du jour : fixer des scotchs phosphorescents sur la grand-voile pour des réglages nocturnes ultra-précis. Toujours sous l’emprise du rhum, je tente un dessin rapide du village de la Transquadra.

Village de la Transquadra

Village de la Transquadra

Rémi : « Te connaissant, je suis sûr que tu adores Saint-Nazaire ! »
Moi : « Pourquoi tu dis ça? »
Rémi : « Ben, il paraît que tu aimes les ambiances industrielles, les ports de commerce et les usines ! »
Moi : « C’est vrai que j’adore dessiner les raffineries de pétrole de Fos-sur-Mer, les grues et les pylones électriques… »
Rémi : « T’as qu’à faire un tour cet après-midi sur le chantier du bateau militaire russe en livraison, ça devrait te plaire ! »
Il ne fallait pas me le dire deux fois…

Chantier de Saint-Nazaire

Chantier de Saint-Nazaire

Smolnyi 210

Smolnyi 210

Après m’être faufilée ni vu ni connu dans un endroit marqué en grosses lettres rouges « Interdit au public », je déniche un beau point de vue sur le Smolnyi 210, bateau école de la flotte russe qui sert d’hôtel flottant pour l’équipage venu prendre possession du navire tout juste achevé par les chantiers de Saint-Nazaire.
Rémi avait raison : je plane…

Le Pont de Saint-Nazaire

Le Pont de Saint-Nazaire

La silhouette du Pont de Saint-Nazaire traverse le ciel. Le soir décline doucement. On prépare à côté la soirée des 20 ans de la Transquadra. Des bribes de conversation me parviennent aux oreilles : « Et toi, tu règles comment dans la brise… T’as un spi asy… gênois ou solent ? » La pression monte, les angoisses de dernière minute…

Les 20 ans de la Transquadra

Les 20 ans de la Transquadra

Moi : « Ca va ? »
Laurent : « J’ai une boule… là. »
Moi : « Je t’aime, j’ai confiance en toi, tu y arriveras haut la main. Bonne nuit. »

27 juillet 2014
Jour J
Nuit difficile, peu dormi.
On prépare nos sacs en silence. Laurent quitte la chambre d’hôtes avant nous pour un dernier briefing de l’organisation.
Je m’installe pendant ce temps à une terrasse avec Eugénie qui stresse pour son papa et me détend en croquant les tronches locales. Tranches de vie.

Au café le Disque Bleu

Au café le Disque Bleu

Au café le Disque Bleu

Au café le Disque Bleu

Nous nous promenons toutes les deux à travers la base de sous-marins, puis sur la terrasse panoramique pour observer l’étonnante oeuvre de Felice Varini, Suite de triangles, avec le bon point de vue. Une belle manière d’illustrer la notion de projection et de perspective… Pas moyen de faire un croquis puisque nous n’avons que le temps de déjeuner en vitesse avant la sortie des bateaux par le sas sud et le passage de l’écluse.

Suite de triangles, Varini

Suite de triangles, Varini

Derniers adieux sur le ponton. Je verse une larme à l’abri de mes lunettes de soleil. Laurent a le sourire. Crispé, tout de même… Amarres larguées, petits instants de panique quand deux bateaux se mettent en vrac en menaçant Oxymore. Ca y est, le pont se lève et les bateaux se dirigent à couple vers le sas au son des binious et cornemuses du groupe Bagad de Saint-Nazaire. Le public applaudit, l’émotion est tangible. Je me précipite au-dessus de l’écluse pour croquer à toute vitesse cet instant.

Entrée des bateaux dans l'écluse

Entrée des bateaux dans l’écluse

Dans l'écluse

Dans l’écluse

Le bateaux restent dans le sas, le temps que l’eau se mette à niveau, puis s’élancent à l’ouverture des portes dans la mer en direction de la ligne de départ, juste avant le Pont de Saint-Nazaire.

Sortie de l'écluse

Sortie de l’écluse

Il commence à pleuvoir, le ciel est gris comme la coque d’Oxymore. Un bon présage.
Eugénie et moi courrons nous installer sur la jetée aux premières loges pour regarder les bateaux se mettre en ligne. Je dessine frénétiquement, sans penser aux gouttes de pluie qui tachent mon dessin. Croquis sur le vif !

Vers la ligne de départ

Vers la ligne de départ

C’est parti ! Oxymore semble bien placé. Nous longeons en voiture le bord de mer pour regarder les bateaux filer vers le large. Oxymore remonte ses concurrents, il est en tête et remporte l’oeuvre de Nicolas Silberg attribuée au solo passant le premier la pointe de Chemoulin.

Oxymore prend la tête !

Oxymore prend la tête !

Bon vent à tous les concurrents. La suite à Madère…

Un grand merci à Laurence et Rémi Guimard pour leur accueil et leur gentillesse : chambre d’hôte Chrisocéan, Saint-Nazaire. http://www.chambrehotes-chrisocean.fr/
Mention spéciale pour le spa à disposition…
Pour suivre la Transquadra en direct, c’est par