#8 Transquadra, Madère – Martinique, Carnet de voyage

13 février 2015

Café du matin à l'annexe

Café du matin à l’annexe, encre et aquarelle

Valérie Antonini est arrivée dans la nuit à bord de Vent d’Ox, également un JPK 10.10, avec son équipier belge. Une drôle d’aventure ! Valérie était partie pour faire sa Transquadra en solitaire, seule femme inscrite dans cette catégorie. Le sort en a décidé autrement : problème de pilote automatique au départ de Madère, et sitôt franchie la ligne de départ, elle fait demi-tour pour réparer à Quinta Do Lorde. Là, elle retrouve un Belge errant sur les pontons victime de la même avarie, lâché par son équipier qui a préféré abandonner. Ils décident finalement de traverser à deux sur le bateau de Valérie et prennent un nouveau départ 48 heures après le jour J.
On félicite Valérie, toute pimpante malgré sa longue traversée, en prenant le café à l’Annexe. Visiblement, elle préfère naviguer en solitaire… Nous, on rigole bien en écoutant le récit de sa cohabitation pas toujours simple avec le Belge !
« Vous comprenez, j’étais obligée de fermer la porte des toilettes pour pisser, de mettre un maillot de bain pour me laver… et puis moi, si je pars en mer, c’est pas pour entendre les histoires de c… des autres ! « 
La journée passe à toute vitesse. Juste le temps d’une baignade rapide à Anse Dufour : pas de petits poissons multicolores, mais d’énormes rouleaux et un courant de folie. La plage est submergée à chaque vague un peu forte. Je sors vite de l’eau !
On reprend l’avion demain, et entre la valise à boucler, le bateau à fignoler pour son convoyage de retour et la cérémonie de remise des prix ce soir, impossible de s’attarder.

L'Orchestre, cérémonie de clôture, Transquadra 2015

L’Orchestre, cérémonie de clôture, Transquadra 2015, encre et aquarelle

La cérémonie de clôture bat son plein avec un orchestre sympathique et tonitruant. Je dessine à toute vitesse, au rythme des percussions tandis que la nuit tombe. Belle ambiance de fête. Laurent semble nostalgique, de la buée au fond des yeux : une page se tourne, un beau projet qui l’occupe depuis bientôt 3 ans touche à sa fin.

Proclamation des résultats

Proclamation des résultats, encre et aquarelle

Toute l’équipe des Rouges prend place sur le podium face au ponton 5 pour la proclamation des résultats. Les officiels prennent la parole, on se félicite de toutes parts. Les noms des concurrents défilent un peu trop rapidement.
Laurent est classé second au général et pour la seconde étape dans sa catégorie. Lui qui craignait d’être ridicule… Invité sur l’estrade, il se cache derrière Pierrick, le vainqueur incontestable de cette transquadra 2015, qui brandit son trophée.
Laurent gagne une bouteille de rhum HSE, sponsor officiel, 1 serviette brodée au nom d’Oxymore, 1 bouteille de Champagne car il est également classé second au trophée Quattro. Et surtout une magnifique victoire, une course sans fautes, un rêve d’une vie.
Que la fête commence !

Apéro de clôture

Apéro de clôture, encre et aquarelle

On se couche un peu pompettes (le rhum HSE coulait à flots…).
Laurent :  » C’est fini. « 
Moi :  » Ben oui. « 
Laurent : « C’était bien, quand même… A part ces saloperies d’algues. »
Moi :  » mmmhh. Oui. « 
Laurent : « Je crois que je vais faire une dépression post-course… »
Moi :  » Hein ? Ah non ! « 
Laurent : « J’aurais pu faire mieux… « 
Moi :  » C’est ça. Allez, dors ! « 

Fin.
Merci à tous les équipages qui se sont laissés croquer.
Merci au staff de la Transquadra pour cette belle édition.
Merci à Laurent, mon marin préféré. Le meilleur.

#7 Transquadra, Madère – Martinique, Carnet de voyage

13 février 2015

La marchande de planteur

La marchande de planteur, crayon et aquarelle

« Dis-donc ma belle, viens goûter mon rhum !  »
La fête des marchandes bat son plein au marché couvert du Marin. Puis-je décemment goûter au rhum arrangé de Monique à 10 heures du matin ? Allez, juste une gorgée pour lui faire plaisir. Un délicieux parfum d’orange amère et de passion…. Mmmmhhhhhh, absolutely delicious ! C’est vendu : je prends une bouteille qui rejoindra bientôt ses copines Neisson.

Le rhum arrangé de Monique

Je dessine de loin la marchande de rhum, assise en plein soleil. Arrivent trois enfants qui me regardent peindre avec de grands yeux plein de questions. Ils n’ouvrent pas la bouche, jusqu’à l’arrivée de leur maman avec qui nous discutons un moment. Yvan et Pascal parcourent les océans en famille à bord de leur trimaran La Ohana pour dénoncer les atteintes faites au milieu marin et à l’environnement. Un très beau projet que vous pouvez soutenir à cette adresse : http://fr.la-ohana.org/
J’aimerais tellement moi aussi faire le grand plongeon dans l’aventure autour de monde pour dessiner à perte de vue…
Il règne une ambiance de folie au marché. Lili la marchande d’herbes offre son plus beau profil et les couleurs juteuses des étals m’inspirent une nature morte vitaminée.

Lili

Lili, crayon et aquarelle

Les agrumes du marché

Les agrumes du marché, crayon et aquarelle

Je rejoins Laurent qui s’occupe de finaliser la logistique du convoyage de retour d’Oxymore depuis la Martinique jusqu’à Lorient en cargo. C’est très compliqué… de sombres histoires de bouées d’attente non disponibles, de listes à mettre à jour avec un certain Stéphane, de rendez-vous impossibles à fixer. Je patiente en observant un concurrent briquer son pont et ses coussins avec une belle énergie.

Sur le pont

Sur le pont, encre et aquarelle

Nous suivons les recommandations d’Hervé qui nous conseille une baignade à Anse Figuier, pas très loin du Marin. Malgré la foule qui s’entasse serviette contre serviette, la plage est sympa, et bronzer à l’ombre des palmiers n’est pas désagréable du tout. Dessiner à la plage est un de mes sujets préférés : les gens s’exposent sans pudeur à la vue et au soleil, en mode « je montre tout ce que je cache d’habitude ». En y prêtant attention, on observe alors des scènes de vie cocasses et colorées charmantes à croquer.

Anse-Figuier

Anse-Figuier, encre et aquarelle

Nous rentrons nous préparer pour le cocktail Transquadra prévu ce soir au Club Med de Sainte Anne, partenaire officiel de la course. Je fais un superbe effort vestimentaire : petite robe noire, maquillage, lissage de cheveux, bracelet VIP pour montrer patte blanche… et en bandoulière mon affreux sac rouge avec mon carnet de croquis et mes affaires de dessin. Laurent me suggère alors de prévoir à l’avenir un « sac à croquis de soirée »… J’y songerai !
Nous sommes accueillis avec pina colada à volonté dans un magnifique décor de carte postale, sur la plage des Boucaniers. Le Club Med comme vous le rêvez !
« Et vous, le bonheur, vous l’imaginez comment ?… »

Juste devant nous, la ligne d’arrivée marquée par la présence d’un catamaran avec à son bord un Rouge de permanence chargé de pointer à la seconde l’heure d’arrivée des concurrents.
Les chemises blanches se mêlent aux chemises rouges, on trinque, on discute, on refait la course… Je dessine à perdre haleine à peine éclairée par un lampadaire de plage. Magique !

La soirée Club Med

La soirée Club Med, encre et aquarelle

Des bribes de discours parviennent à mes oreilles.
« Quelle édition… Un peu salée, un peu alguée… Encore quelques bateaux en mer… quatre démâtages, 3 bateaux perdus… Merci à ceux qui se sont déroutés… »
Un vibrant hommage est rendu à Dominique Bleichner qui a récupéré sur le fil son équipier tombé à l’eau. Rien sur les malheureux concurrents de Zinzolin évacués suite au chavirage de leur bateau. Le père de l’un d’eux exprime alors publiquement son amertume avec émotion. C’est aussi l’heure des bilans et des réajustements.
Que la fête commence !

Une arrivée remarquée

Une arrivée remarquée, encre et aquarelle

Cette édition fut marquée par un étirement des arrivées, inédit dans la course. Les premiers concurrents avaient pratiquement 1000 milles d’avance sur les dernières positions, une bulle de dépression ayant piégé les concurrents restés plus au nord : comme ce bateau qui franchit la ligne au beau milieu de la soirée, sous les acclamations et les applaudissements des guests. Peut-être est-ce Valérie Antonini, partie toute seule sur Vent d’Ox et arrivée à deux… Mais c’est une autre histoire !

#6 Transquadra, Madère – Martinique, Carnet de voyage

12 février 2015

C’est parti pour une belle journée « vadrouille et plage » dans le sud de l’île.
Nous nous promenons de Grande Anse à Anse Noire, tranquillement, au rythme martiniquais si joliment nonchalant.

Pêcheurs à Grande Anse

Pêcheurs à Grande Anse, encre et aquarelle. Delphine Priollaud-Stoclet

Première halte à Grande Anse.
Laurent a cassé son masque en marchant dessus pendant la course (no comment…) et cherche désespérément à s’en racheter un autre avec le tuba assorti pour s’adonner aux joies du snorkeling.
Je l’attends en croquant sous un soleil de plomb ce retour de pêche et la séance de vidage de poisson sur la plage.
Nous logeons la côte jusqu’à Anse Dufour, idyllique crique minuscule où poser sa serviette fait un bien fou ! Nous nageons dans une eau chaude et turquoise, à l’affut des petits poissons multicolores peuplant à foison rochers et coraux. Je suis capable de rester barboter des heures à observer la parade des chirurgiens bleus fluo, des labres bicolores, des poissons-soldats, poissons-perroquets, des orphies vif-argent et des sardes, des demoiselles rayées, des gorgones alanguies et des coraux phosphorescents…

Anse Dufour

Anse Dufour, encre et aquarelle, Delphine Priollaud-Stoclet

Nous aurons même la chance de faire connaissance avec deux belles tortues de mer peu farouches, à seulement quelques mètres de la plage.
Je passerai rapidement sur le détestable accueil dont nous avons été victimes au restaurant Sable d’or, un endroit à fuir absolument malgré la superbe vue sur Anse Dufour. Profitez plutôt des délicieux accras de Marie-Jo qui tient de main de maître une gargote de plage bondée à l’heure de midi ! Y dégoter une table relève de l’exploit, mais ça vaut le coup.
Après une baignade digestive à Anse noire la bien nommée à cause de son sable gris foncé, juste à côté de Anse Dufour, nous faisons route vers le Marin.
J’aimerais bien arriver avant le coucher du soleil pour dessiner la vue magnifique depuis le bout de ponton de la pompe à essence des bateaux.

Le Marin au crépuscule

Le Marin au crépuscule, encre et aquarelle, Delphine Priollaud-Stoclet

Sitôt arrivés, je fonce à la pompe, course contre la montre avec le soleil qui décline à toute vitesse. Sous les tropiques, la nuit tombe à pic sur les coups de 18h00 et il faut faire vite.
Cédric, le pompiste, me tient compagnie tandis que je dessine au gré des lumières parées de rose et d’or annonçant un crépuscule étoilé.
Comme ces moments rares sont délicieux…

L'arrivée des Ponpons sur Jubilation

L’arrivée des Pompons sur Jubilations, encre et aquarelle. Delphine Priollaud-Stoclet.

Dans la soirée, nous assistons en direct à l’arrivée des Pompons sur jubilations, en double sur un JPK 1010, petit frère d’Oxymore.
Ce sympathique équipage belge arbore fièrement bérets à pompon porte-bonheur et uniforme de petit marin.
Extrait de leurs impressions à chaud recueillies par les Rouges : « …. au début de la traversée, nous avons navigué comme des « idiots ». ( ce n’est pas exactement le terme employé …) Nous nous croyions en régate et avons foncé, foncé, sans ménager le matériel. Un violent départ à l’abattée, qui a détruit notre balcon avant et un chandelier, nous a ramené les pieds sur terre … la Transquadra n’est pas une régate de la journée … il faut ménager le matériel … Ensuite, nous nous sommes faits piéger dans la bulle. Nous comptions rester 48 heures dans la calmasse … en fait nous sommes restés 6 jours à régater avec nos peaux de banane. Nous avons pu plonger pour checker la quille et l’embase. La dernière calmasse, 24 h avant l’arrivée était vraiment de trop ! … » (source : blog de la Transquadra, 13 février 2015)
Nous trinquons avec eux, bien sûr !

#5 Transquadra, Madère – Martinique, Carnet de voyage

11 février 2015

L'hydrogénérateur, démontage

L’hydrogénérateur, démontage, encre et aquarelle

Il fait une chaleur à crever aujourd’hui.
Pour moi, c’est Coca light avec plein de glaçons à l’Annexe, tandis que Laurent s’en est allé tout frétillant dès potron-minet. « J’vais bricoler sur le bateau… »
Vers midi, je pars aux nouvelles et découvre mon Laurent tout rouge, en sueur,  tirant comme un âne sur un truc situé à l’arrière d’Oxymore.
Moi : « Tu fais quoi ? »
Laurent : « Mrrrffffffffhhhh…. Putain de merde de chier de cochonnerie de merde ! »
Moi : « ??????… heu, c’est sur quoi que tu tapes comme un sourd avec ton marteau ? »
Laurent (comme si c’était évident) : « J’essaye de virer l’hydrogénérateur, mais cette putain de vis est tordue !  »
C’est assez marrant à dessiner… Je finis tout juste d’écrire la légende, quand deux ravissantes petites blondinettes s’arrêtent pour regarder mon croquis :
« C’est beau Madame !  »
Moi : « Merci !  »
Blondinette n°1 : « Qu’est ce que vous avez écrit, là ? »
Moi (en cachant le dessin) : « Rien rien ma chérie… enfin, des gros mots pas beaux que disaient le monsieur sur le bateau !  »
Laurent : « Hein ? »
Moi, l’air de rien : « Quoi ? »
D’autres se livrent à côté à des occupations non moins périlleuses : le pliage des voiles ! Je vous assure que cela demande un sacré coup de main…

Le pliage des voiles

Le pliage des voiles, encre et aquarelle.

Ouf, l’hydrogénérateur est finalement démonté et j’apprends que nous sommes attendus pur un pique-nique sur la plage des Salines. On y va en bateau, bien sûr.
C’est la première fois que je navigue sur Oxymore. Bien que mariée à un vrai marin, je déteste faire du bateau : j’ai peur, j’ai mal au cœur, je ne sais rien faire à bord et l’idée de barrer me rend malade. Quant à savoir d’où vient le vent, c’est une autre affaire… Laurent a fini par renoncer à m’expliquer !
En mer j’ai le QI d’une huître et le teint verdâtre d’une algue moisie.
Nous jetons l’ancre avec quatre ou cinq autres bateaux devant le décor enchanteur de la longue plage des Salines. L’apéro bat son plein : planteur à volonté !

Pique-nique aux Salines

Pique-nique aux Salines, encre et aquarelle.

La plage est magnifique. Je ne résiste pas au plaisir de dessiner les uns et les autres, glanant ci et là des bribes de conversations. La petite Rose s’est finalement endormie à même le sable, fatiguée par un gros rhume, et nous bavardons tranquillement en la surveillant du coin de l’œil.
Un dernier croquis rapide avant d’aller prendre le café, invités sur le catamaran de croisière de Jacky, un ami de Jean-Pierre Kelbert et de Sophie.

Plage des Salines

Plage des Salines, encre et aquarelle

Je n’avais jamais visité de gros cata comme celui-ci : il est magnifique et j’aurais presque envie de faire une croisière dessus…
Nous rentrons tranquillement au Marin tandis que tombe la nuit.
C’est bien les vacances au soleil !

#4 Transquadra, Madère – Martinique, Carnet de voyage

10 février 2015

Corvée de plonge

Corvée de plonge, encre et aquarelle.

Laurent est une parfaite petite ménagère dès qu’il s’agit de bichonner son bateau et je le retrouve ce matin en train de récurer toute sa vaisselle sur le ponton 5.
Je patiente en dessinant les belles pelotes de cordages patiemment rincées puis enroulées par Hervé qui finissent de sécher sur le pont de Léon.

Les cordages de Léon

Les cordages de Léon, encre et aquarelle.

Puis j’immortalise la cocotte de Pour Aster. Une cocotte, appelée également cocotier, c’est un peu le cauchemar de Jean-François Hamon qui a ainsi ravagé ses spis les uns après les autres. Imaginez le spi, une voile très puissante, si étroitement entortillé autour de l’étai qu’il devient impossible de le libérer sans tout déchirer.

La cocotte de Pour Aster

La cocotte de Pour Aster, encre et aquarelle.

Je parviens enfin à convaincre Laurent de quitter le ponton pour découvrir les environs du Marin. C’est parti à bord de notre petite Twingo de location ! Nous mettons aujourd’hui le cap vers la distillerie Neisson au Carbet, bien décidés à rapporter quelques bouteilles pour remonter le niveau de nos réserves de rhum.

Carnaval des enfants à Rivière Pilote

Carnaval des enfants à Rivière Pilote, encre et aquarelle

A Rivière-Pilote, les enfants défilent en costumes au son d’une sono tonitruante installée dans le camion-benne de la ville. C’est une explosion de bruit, de paillettes et de couleurs ! Les écoles se suivent à travers les rues du village dans un joyeux désordre en brandissant panneaux décorés et banderoles criardes. Je sors mon carnet pour croquer à toute vitesse sans perdre une miette du spectacle.

Le Carbet, rue du Commandant Philipe Paraclet

Le Carbet, rue du Commandant Philipe Paraclet, encre et aquarelle

Nous arrivons au Carbet après un savoureux déjeuner les pieds dans l’eau, sur la plage. Les accras étaient délicieux, surtout accompagné d’un ti punch bien citronné.
Pendant que Laurent se baigne, je m’installe dans la rue, attirée par cet alignement de petites maisons recouvertes de bois baignées dans la lumière. On aperçoit le bleu franc de l’océan, juste après la route. Pas un bruit, sauf les clameurs lointaines d’un défilé de carnaval.
Une dame s’approche pour me proposer un tabouret. Elle s’appelle Lucia, ravie de reconnaître sur mon dessin sa maison, celle avec le rideau qui flotte au vent. Elle me raconte qu’elle et son mari Max viennent de rentrer en Martinique après toute une vie passée à travailler en métropole. Fait du hasard, ils habitaient juste à côté de mon atelier ! Le monde est tout petit… Là, ils finissent de retaper la maison familiale, celle que j’ai dessinée. Je repars avec un kilo d’oranges amères délicieusement parfumées. « Elles viennent directement du piton. Elles sont amères et douces. »
Un oxymore.
Laurent (finissant de sécher au soleil) : « dis-donc, elles sont extensibles tes 20 minutes ! Ça fait 1 heure que je t’attends !  »
Moi : « Ben, je discutais. Regarde, on a des oranges pour le ptit déj !  »
Laurent : « Bon, filons à la rhumerie avant que ça ferme. »
Çà, c’est sacré…

#3 Transquadra, Madère – Martinique, Carnet de voyage

9 février 2015

Oxymore à l'arrivée

Oxymore à l’arrivée, encre et aquarelle

Après l’heure de l’arrivée, voici venue l’heure du rangement !
Nous avons laissé Oxymore en vrac, trop fatigués hier soir.
En montant à bord, Laurent s’exclame : « Je vais ranger, je jure !  » tandis qu’un journaliste pointe son micro pour l’interviewer.
Jetant un oeil à l’intérieur, je suis effarée par ce que je découvre : un tas de voiles en boule, de la vaisselle sale, des cordages abandonnés, des vêtements épars ! C’est monstrueux, une vraie vision d’horreur ménagère, mais absolument réjouissant pour dessiner.
Tandis que Laurent raconte sa course en long, en large et en travers, je démêle à la pointe du pinceau spis, focs, gênois, harnais et tutti quanti.
Quand on voit l’état de son bureau à la maison, ce n’est finalement pas si différent.
Nous croisons François, skipper sur Crescendo, un peu plus loin sur le ponton. Il rigole en découvrant le dessin.  » Tu peux faire la même chose sur Crescendo ?  » Allez, me voici donc promue croqueuse de bazar marin…

Crescendo à l'arrivée

Crescendo à l’arrivée, encre et aquarelle.

Assise en haut de la descente, je contemple un fatras puant, légèrement incommodée par l’odeur mâle qui s’en dégage. Eux, ils étaient deux, et ça se sent !

La journée s’écoule tranquillement au rythme des pots à l’Annexe, des retrouvailles, des histoires de course, des arrivées qui se succèdent.
Laurent est dans une forme olympique ! Tandis qu’il plie ses voiles au carré, je sirote un coca en écoutant d’une oreille distraite les conversations des Rouges.

A l'Annexe

A l’Annexe, encre et aquarelle

Les rues du Marin sont désertes.
Sauf une vieille dame affalée sur une chaise devant sa porte, qui semble assoupie. Elle ouvre un oeil tandis que je la croque à toute vitesse.
_ Vous faites quoi, vous ?
_ Moi ? Heu… rien…
_ Vous êtes là pour quoi ?
_ Mon mari a fait la Transquadra, il est arrivé hier soir.
_ Ah.
Elle ferme les yeux. Silence.
_ Ahhhhh, c’est pas comme ces jeunes qui ne font rien ! Vous, vous faites quelque chose, au moins.
_ ???
_ Aie aie aie aie aie…Ahhhhhhhhh… Ces jeunes !
Finalement, je décide d’écourter mon dessin !

La vieille dame du Marin

La vieille dame du Marin

Le Marin

Le Marin, encre et aquarelle

Quel bonheur de croquer depuis notre terrasse une forêt de mats ensoleillés et tintinnabulants. Je commence enfin à me sentir un tout petit peu en vacances…

Marina du Marin

Marina du Marin, encre et aquarelle

Laurent bricole sur Oxymore, tandis que sur le ponton 5 il règne une vie incroyable. Quelle ambiance ! Les équipages se saluent, plient les voiles, briquent le pont, lavent leur linge sale en famille, discutent, lorgnent l’état du bateau voisin, comptabilisent la casse. On échange des nouvelles :  ceux qui sont encore loin, les démâtés, les touchés-coulés… Cette édition fut riche en péripéties, mais heureusement, aucune perte humaine à déplorer.
26 janvier 2015 : Flor Da Rosa démâte et fait route vers les Canaries sous gréement de fortune. Quattro démâte également et met le cap vers le Cap Vert.
Le 27 janvier, Patrice Carpentier tombe à l’eau, rattrapé de justesse par son équipier Dominique Bleichner.
28 janvier : Laminak démâte à son tour. L’équipage demandera son évacuation le 1er février.
30 janvier : Zinzolin chavire, roulé par une déferlante. Malgré une très grosse frayeur, l’équipage est récupéré sain et sauf par un cargo. Le bateau est abandonné.
4 février : Solua coule suite à une voie d’eau. Renaud Barathon a pu être évacué à bord de Ven dan Vwell, l’équipage martiniquais de la course.
Et puis on ne compte plus les spis déchirés, les safrans dézingués, les pannes électroniques, les mats qui bougent tout seuls…

Scène de vie ordinaire sur le ponton 5

Scène de vie ordinaire sur le ponton 5, encre et aquarelle

Jean-Pierre Kelbert, perché en haut de mât, hurle à Hervé :
_ Ça y est ! J’ai viré le messager !
_ Je peux te descendre maintenant ?
Moi : « Heu… C’est pas très sympa ce que tu lui dis-là !  »
Hervé : « ???? »
Moi : « Non mais, quand on descend quelqu’un c’est tout de même un peu définitif ! »
Hervé : « Mais j’vais pas le laisser là-haut, quand même ! »
Moi : « Laisse tomber… Heu, non, pas tout à fait !  »
Hervé : « ???? »
Moi : « Rien rien… »
C’est corrosif, le sel marin, parfois…

JPK en haut du mât

JPK en haut du mât, Encre et aquarelle

On croise Dominique Bleichner devant Groupe 5.
_ Alors, raconte-nous ce sauvetage !
_ On a eu peur… C’est dingue comment on peut avoir les bons réflexes… A une ou deux minutes, Patrick était mort.
La voix tremble.
_ Allez, c’est l’heure de l’apéro. Tu viens ?

#2 Transquadra, Madère – Martinique, Carnet de voyage

8 février 2015

Marina du Marin

Marina du Marin, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Réveillée par le bruit de la pluie battante contre les volets, j’émerge à 4h30 du matin. Les joies du jetlag…
Malgré la nuit encore bien noire, il n’est pas difficile de comprendre qu’il fait un temps épouvantable.
Le jour se lève d’un coup, dévoilant un ciel plombé. Il pleut à torrents et un brouillard gris floute les contours de la marina.
Mon premier dessin martiniquais sera donc en noir et blanc.
Je tente une expédition au marché du Marin, escomptant une éclaircie miraculeuse. Peine perdue, j’arrive trempée et mes tongs font flic-flac. Mais bien vite, le charme des étals débordants de fruits appétissants aux couleurs chatoyantes et la faconde des marchandes me réchauffe comme un coup de soleil.

Le marché du Marin

Le marché du Marin, gouache et encre.

« Ah ben vous êtes encore là ! »
Je sursaute en reconnaissant mon voisin de siège dans l’avion.
Je tente un « Tiens, vous aussi vous êtes de la Transquadra ? » avec un petit sourire entendu. Il me dévisage, interloqué, comme si je lui avais demandé s’il faisait partie d’une secte : « heu non, on s’apprête juste à partir en croisière entre amis… » Je plonge le nez dans mon dessin en bafouillant : « Ben, bonnes vacances alors !  »
Direction la Marina pour repérer le QG de la Transquadra. J’erre comme une malheureuse toute dégoulinante de pluie à travers les boutiques à touristes, les shipchandlers et les loueurs de catamarans de croisière en essayant de me repérer. Croisant le chemin de deux équipiers de la Transquadra fraîchement arrivés, nous discutons 5 minutes tout en cherchant le bureau de course.
_ Félicitations ! Vous êtes arrivés quand ?
_ Dans la nuit…
Je suis stupéfaite de leur trouver l’air si détendu après 15 jours de course. Moi qui suis défaite au bout de 8 heures de vol passées à lire, manger, dessiner et regarder des films…
_ Alors, tout s’est bien passé ?
_ Super, à part les sargasses qui nous ont pourris. (Une ombre passe dans leur regard soudain plein d’une haine féroce… Vous croyez que j’exagère ?)
_ Ah oui, Laurent m’a demandé de lui expédier des millions de tonnes d’acide sulfurique pour en venir à bout.
_ Nous, on a pensé au napalm !
Au PC course, un rouge me confirme l’arrivée de Laurent prévue dans la soirée, vers 20h30. J’ai tellement hâte de le serrer dans mes bras.
« Bon, vous avez toute la journée pour vous en l’attendant, profitez-en !  »
Il s’est enfin arrêté de pleuvoir.
Je déambule sur le ponton 5 où s’alignent les les premiers arrivés, dont Pierrick Penven sur Zéphyrin, radieux vainqueur des solitaires toutes catégorie.

Pierrick Penven sur Zéphyrin

Pierrick Penven sur Zéphyrin, Encre et aquarelle

Puis je m’attaque à Marylou, juste à côté.
De plus en plus menaçants, les nuages s’accumulent à nouveau et le ciel noircit. Çà y est, les premières gouttes tombent drues et je n’ai que le temps de plier mes affaires en pestant.
_ Allez, venez vite vous mettre à l’abri !
Waouh… un jeune homme brun et ténébreux me fait signe de monter à bord de son gros bateau à moteur.
_ Merci, c’est vraiment sympa.
_ Pour l’art, on ferait n’importe quoi, dit-il en souriant avec des yeux qui pétillent.
Installée sur une banquette moelleuse, à l’abri d’un auvent de toile, dessiner sous la pluie prend alors une toute autre dimension.

Marylou au ponton 5

Marylou au ponton 5, encre et aquarelle

De retour à la maison, je fais un truc qui me paraissait impensable aux Antilles : une tasse de thé brûlant et un long bain bouillant pour me réchauffer car je suis totalement frigorifiée… et désespérée par ce temps pourri qui ne semble pas vraiment sur le point de s’arranger.
Bien décidée à profiter malgré tout de mon après-midi, je réserve une excursion sur l’Aquabulle, un bateau à coque de verre qui permet d’observer les fonds marins. Un plan « vacances débiles à la c… », mais pour une fois, j’assume !
J’embarque donc à 15h00 en compagnie d’un groupe de braves retraités bedonnants et de familles encombrées d’enfants surexcités. Delphine, ne te plains pas, c’était couru d’avance. Tiens, un coin de ciel bleu se dévoile.
Même à travers les parois vitrées de l’Aquabulle et les commentaires ridicules de mes voisins, la magie opère : je ne me lasse pas du spectacle des poissons vibrionnants entre les coraux tels des éclairs d’arc-en-ciel.

Les petits poissons

Les petits poissons, encre et aquarelle

Après une baignade – snorkelling, Clément sert le gouter à bord .
Et hop, un planteur ! Il n’est que 16h30, mais c’est délicieux à n’importe quelle heure.

Clément de l'Aquabulle

Clément de l’Aquabulle, gouache

Fin d’après-midi au Marin.
Je consulte fébrilement les derniers relevés de position. Oxymore est toujours prévu dans la soirée, malgré le vent qui faiblit.
A l’Annexe, je déguste un fabuleux ti punch accompagné d’accras croustillants. J’enchaîne avec le pot de bienvenue offert aux familles par l’Office du Tourisme du Marin. OK pour le planteur fruits de la passion ! J’ignore si mon foie résistera à mes vacances martiniquaises…
Le ciel se pare de teintes flamboyantes et la nuit tombe brutalement. J’ai la tête qui tourne mais impossible de résister à l’appel d’un dessin, surtout quand la lune s’en mêle. Incroyables nuances bleu nuit, bleu marine, bleu roi. Les mats se dressent comme des tiges suspendues par dizaines aux étoiles.
Affalée sous un lampadaire, je goûte le bonheur de peindre les fières silhouettes des bateaux au mouillage en tendant l’oreille pour glaner au vol des bribes d’aventure. « … le premier qui nous sert un plat d’algues au restau, il est mort… »

Marina du Marin, nocturne

Marina du Marin, nocturne, gouache

Comment tuer le temps avant l’arrivée d’Oxymore… Je suis pompette.
Tu me manques et les dernières minutes sont interminables. N’y tenant plus, je me hâte vers la jetée, munie d’un livre pour patienter et d’une bouteille de Champagne. La VHF d’un rouge qui fait les cent pas grésille. Ça y est enfin, on annonce l’arrivée imminente de deux bateaux. Mon cœur fait des bonds. C’est bien toi !!!!!
A 20h19 et 54 secondes tu franchis la ligne d’arrivée, second des solos. Encore un peu de patience avant de voir s’avancer dans le port la coque grise d’Oxymore derrière le zodiac des rouges qui te guide jusqu’à ta place. Enfin, tu t’amarres vers 21h15.
On t’accueille avec des applaudissements et un verre de rhum. Tu souris, radieux avec ta barbe de 15 jours, bronzé, vif et alerte comme si tu venais de faire une simple promenade en mer. Je me jette littéralement dans tes bras en m’envolant sur Oxymore juste avant de me faire engueuler par le rouge qui doit vérifier à bord que tout est bien conforme.
C’est un moment magique : flashs des appareils photo, caméra, interview. J’essuie discrètement une larme de fierté et de joie.
Quelle belle victoire !
Tu as réalisé ton rêve.

Laurent à l'arrivée, Transquadra 2015

Laurent à l’arrivée, Transquadra 2015

#1 Transquadra, Madère-Martinique, Carnet de voyage

7 février 2015

En route vers Orly, je frétille d’impatience à l’idée de retrouver Laurent en Martinique.
Il a pris le départ de la seconde étape de la Transquadra sur Oxymore le 24 janvier pour une transatlantique à la voile en solitaire reliant Madère au Marin en Martinique.
Quatrième au classement des solos Saint-Nazaire à l’issue de la première manche, il s’est posé depuis de nombreuses questions existentielles sur ses capacités à traverser l’Atlantique. « Et si je suis ridicule ?, et si et si et si… »  Nous avons eu droit à tous les symptômes psychosomatiques avant son départ pour Madère : état grippal, mal au ventre, un mal au genou inexplicable, une humeur de dogue…
Moi, j’ai confiance !
24 janvier, 8h30
Moi (France) : Ben, je t’appelle pour te dire au-revoir…
Laurent (Quinta Do Lorde) : Hrumfff.
Moi : ???? Bon, ça va ?
Laurent : Oui oui.
Moi : Tout se passe bien ?
Laurent : Oui oui.
Moi : Bon, ben sois prudent, j’ai confiance en toi, t’es le meilleur, tu vas me manquer, je t’aime…
Laurent (pressé): Oui oui, bon je dois te laisser. A plus.

Je raccroche, dépitée. « A plus… » A l’entendre, on a l’impression qu’il sort acheter le pain ! Je réalise qu’il part pour au minimum 15 jours de traversée, tout seul, à la conquête de l’Atlantique.

Laurent fait une course magnifique et tactique, longtemps en tête du classement, dépassé depuis peu par Zéphyrin. Je suis les relevés de positions toutes les quatre heures, et les actus postées par les Rouges sur le site de la Transquadra. Arrivée prévue d’oxymore le 8 février dans la soirée, second au classement et largement devant le troisième. L’honneur est sauf !

Orly Sud

Orly Sud, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Je tue le temps en dessinant depuis une salle d’embarquement inondée de soleil. Air Caraïbes se fait une beauté sous un magnifique ciel bleu… et je suis enfin en vacances, pressée de découvrir la Martinique et rêvant de ti punch sous les cocotiers !

En cabine, vol TX5924

En cabine, vol TX5924, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Tout en croquant mes voisins distraitement, je songe aux mails trop rares de Laurent. Il faut bien avouer que le prix de la minute du forfait iridium par satellite décourage toutes velléités d’écriture. J’avais des consignes précises : pas plus de 2 lignes, pas de texte en gras, pas d’images, pas de majuscules, pas d’italique.
Moi, ironique : tu préfères que je laisse les mots tout attachés sans espaces sans ponctuation pour économiser des octets, ou bien j’ai le droit de les séparer ?
Laurent : Ha ha ha…
Quand un mail en provenance d’Oxymore@skyfile.com atterrit dans ma boîte, mon coeur palpite et je tangue… Grâce au ciel, on a des nouvelles de la mer : magique !

27 janvier

Bon, ben… RAS en fait ; il y a plus de vent que prévu (23 à 30 nds), le bateau va bien, je suis sous spi, ça avance pas mal… mon option sud est volontaire (disons que j’ai suivi le routage !), mais je pense me recentrer demain. Pour ce qui me concerne, aucun bobo, je suis juste très fatigué, j’aimerais bien un poil moins de vent pour pouvoir dormir plus !

Tombé à l’eau le 27 janvier, Patrice Carpentier est récupéré de justesse par son équipier, on dénombre pas mal de casse (démâtages, chavirages, voies d’eau) et des bateaux perdus. Heureusement, les hommes ont tous été sauvés malgré des situations compliquées. Je commence à stresser en sachant Laurent tout seul au milieu de l’Atlantique. Il fait une superbe course, premier au classement des solitaires.

Classement 28 janvier

Classement 28 janvier

30 janvier
Coup de mou hier (bricolage pénible, bateau mal réglé, hypoglycémie probable,
allure chiante) , mais c’est passé et ça repart ! hier les autres ont fait à
peine mieux mais j’ai pas le classement de ce matin. A suivre !

31 janvier
je n’ai pas le classement de ce matin mais ça va pas être beau : nuit catastrophique sans vent, j’ai eu le tord de suivre le routage qui, en théorie, contournait la zone de « molle » mais en pratique, ben, pas totalement… heureusement c’est revenu ce matin. Je crains que mes camarades plus au sud n’aient pas eu cette molle et me passent en une nuit! Bon,à part ça, RAS, le spi orange est en l’air, le prochain empannage est prévu pour demain fin d’après-midi (sauf imprévu, grain, etc.), le skipper va bien. Pour l’iridium, il me reste ce matin 39 mn, avant envoi de ce mail et réception du classement. Je consomme env. 20 mn par jour (1 classement = 4 mn, 1 requête GRIB = 2 mn, réception du GRIB = 6 mn, le tout c’est si ça plante pas parce qu’alors faut recommencer… et les minutes « perdues » sont quand même décomptées, évidemment). DONC : il va falloir en remettre ; MAIS on est le WE et ça risque d’être fermé, en tout cas demain c’est sûr. Peux-tu voir s’il est possible de remettre des minutes aujourd’hui (ce matin), sinon à défaut lundi matin à la première heure ? (de toute façon je risque de n’avoir ni météo ni classement avant lundi, on ne peut pas dire que ça m’arrange…).

2 février
Merci pour la recharge Iridium. J’ai reçu un classement (so far so good), pas encore la météo. Bon, apparemment ceux du sud n’ont pas franchement plus de vent, les écarts
semblent se tenir depuis « la molle ». J’aurais repris 3 milles à Pierrick cette nuit ?
D’après Rémi, plus de grand spi pour JF Hamon, dommage pour lui mais pour moi c’est une bonne nouvelle… je caresse l’espoir qu’il reste derrière ; reste Pierrick Penven, l’animal va vite et il est bon en nav ! Du coup, au Général, ça pourrait faire podium si Solua reste bien là où il est, voire 2 si j’arrivais à mettre JFH suffisamment loin derrière…? On verra, il reste encore pas mal de route, ne vendons pas la peau etc etc !! Sinon, super conditions de nav, sous spi et sous le soleil, même si parfois c’est un peu « mou » ; le bateau va bien (et il a toutes ses voiles, lui !), le skipper aussi. Il pense à se laver pour la 1ère fois depuis le départ, c’est dire !

Ah ! Cette fameuse molle que d’autres appellent également bulle. Elle fait débat, entre les partisans de la ligne directe, ceux de la route nord et les Sudistes.
Visiblement, la ligne droite n’est pas la plus rapide et nombreux sont les concurrents tombés dans le piège de cette bulle anticyclonique : rien d’autre à faire que de se traîner à 3 noeuds de moyenne tandis que doublent à toute vitesse les tenants de la route sud bien plus ventée.
Mais c’était sans compter les sargasses… car voilà le véritable ennemi des concurrents : une algue malfaisante qui les a tous traumatisés. De gigantesques nappes de sargasse, véritables pièges pour les safrans, empêchant d’avancer, déréglant le bateau et contraignant les skippers à d’épuisantes manoeuvres.

3 février
Des algues, des algues, P….. D’ALGUES !!! c’est insupportable.
T’aurais pas quelques millions de tonnes d’acide sulfurique sous la main ??

Ils ont tous eu des pensées meurtrières envers les sargasses : l’acide, la marée noire, le napalm… La première question sur les pontons, à l’arrivée : « alors, comment t’as fait avec les sargasses ? » et la réponse : « Saloperie de merde, on en a bavé… une autre Transquadra avec les sargasses ? Ah non, certainement pas. »

3 février, plus tard
Bon, tu auras peut-être remarqué des vitesses inhabituellement basses… j’ai décidé de prendre un bain. De 3 heures. Volontaire, dans un sens (je ne suis pas tombé, j’y suis allé de mon propre gré) mais forcé quand même, pour démêler un bras de spi pris dans la quille, l’hélice, les safrans… C’est reparti, je suis pas mal énervé mais toujours motivé.
J’ai hâte de te voir…

Je tente d’imaginer Laurent barbotant dans les algues pour une petite thalasso, juste raccordé à Oxymore par un bout, en plein milieu de l’Océan, sans âme qui vive autour… Je ne suis pas d’un naturel stressé, mais là, tout de même ! Le fin mot de l’histoire : 3 heures passées sous la coque pour démêler un bras de spi entortillé dans l’hélice parce que cet étourdi avait embrayé son moteur en marche arrière (les équipages ont le droit de démarrer le moteur au point mort pour recharger les batteries uniquement). Et Zéphyrin qui prend de l’avance ! Je lance une imprécation contre Pierrick depuis mon atelier : cela a pour effet immédiat de cramer ma box internet et de me valoir 2 heures de hotline avec Orange (qui n’a de hot que le nom et la couleur…)… Véridique !

6 février
Nuit pluvieuse, venteuse, lever de soleil gris et humide… on se croirait n’importe où sauf aux Antilles ! heureusement que j’ai un clavier étanche … Je n’ai pas le classement de ce matin mais pour la victoire ça sent pas bon ; reste à accrocher la 2ème place, suffisamment loin devant JF Hamon ! Quand arrives-tu ? Pour moi, sans doute dimanche dans la journée, à voir.

From the sky

From the sky, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Nous atterrissons  dans deux heures environ. Un dernier croquis – j’adore le Boeing 747, spacieux et lumineux – de la cabine. Malheureusement, impossible de dessiner à l’intérieur du cockpit, même en faisant les yeux doux à l’équipage.

En cabine, vol TX 5924

En cabine, vol TX 5924, Carnet de voyage Transquadra, Delphine Priollaud-Stoclet

Bienvenue à Fort de France, température au sol 30 degrés, ciel gris, nuageux, petite pluie.
Il est 16h00, heure locale.
Après avoir récupéré ma valise, je saute dans un taxi tandis qu’une espèce de fanfare de carnaval tambourine dans un vacarme indescriptible à la sortie de l’aéroport. Direction le Marin.
Il pleut des trombes d’eau. Disons que ça porte bonheur…

Un croquis, une histoire : en cabine

En cabine, vol Paris-Istanbul Air France

En cabine, vol Paris-Istanbul Air France, Encre de Chine et aquarelle, Delphine Priollaud-Stoclet

Je collectionne les dessins de cabines, de galleys et de cockpits – même s’il est devenu très difficile de s’immiscer comme je le faisais avant dans le poste de pilotage.
Le sésame : un dessin !
Il suffit d’ouvrir mon carnet et de commencer à croquer un passager endormi pour qu’un steward ou une hôtesse s’interrompe dans son service en engageant la conversation. Et je lis toujours la même envie de « savoir dessiner » à travers les mots et les sourires. L’admiration également, même si pour moi cela n’a rien d’extraordinaire d’esquisser au fil de mes carnets les rencontres, émotions, joies et souvenirs qui jalonnent mes parcours quotidiens.
Fabrice débarrasse les plateaux-repas, intrigué par mon carnet :
« Ça vous dirait de nous dessiner moi et mon collègue dans le galley ? »
Moi : « Bien sûr… Et vous croyez qu’un dessin dans le cockpit, ce serait jouable ? »
Fabrice : « Il sont sympas sur ce vol. On est un peu près de l’atterrissage, mais je vais voir. »
Il revient : « Ils auraient bien aimé, mais il y a déjà un visiteur. Une autre fois, peut-être ! Mais nous on est partant pendant notre pause déjeuner. »
J’embarque donc mon carnet et un feutre, et c’est parti pour un dessin-minute juste avant la phase de descente.

Pause repas

Pause repas dans le galley, encre de Chine.

« Veuillez regagner votre siège, remonter votre tablette et le dossier de votre siège et attacher votre ceinture… »
Il pleut sur Istanbul.

Un croquis, une histoire. Le temple Baphuon à Angkor (Cambodge)

Le Baphuon, Angkor, Cambodge

Le temple Baphuon, à Angkor. Encre et aquarelle. Delphine Priollaud-Stoclet, décembre 2014

Second jour de visite sur la plaine d’Angkor. Les mots ne suffisent pas à décrire la beauté des fromagers enlaçant la pierre et la noblesse de ces ruines encore si fastueuses et monumentales.
Dessiner à Angkor est un rêve de longue date.
Je prépare mon sac, tout excitée à l’idée de peindre Angkor Wat et d’autres sites remarquables dans mon carnet cambodgien.
Arrivée sur place, c’est la catastrophe ! J’ai bêtement laissé sur le bureau de ma chambre d’hôtel la trousse contenant mon précieux matériel de dessin. Je n’ai en tout et pour tout qu’un flacon d’encre de Chine noire et une palette d’aquarelle. Ni feutres, ni pinceaux, ni crayons.
Rien.
Oscillant entre rage et désespoir, je préfère finalement céder à la pulsion créative qui me conduit à ramasser une collection de brindilles, feuilles mortes, et autres capsules cabossées pour fabriquer des outils à dessiner différents et étonnants.
Je teste avec entrain ces calames improvisés : traits aléatoires, excès d’encre, taches, coulures, manques, gris nuancés et noirs intenses. Peu importe le résultat : je m’amuse beaucoup, détachée de la « nécessité » de bien faire. Adviendra ce qu’il adviendra… Quelques couleurs diluées avec ma bouteille d’eau et appliquées au doigt pour finir en beauté. Finalement, la vraie liberté, c’est de ne rien avoir et de faire avec les moyens du bord.