La Transquadra fait escale à Madère – Carnet de course en dessins

1er août 2014
Je suis scotchée devant mon écran d’ordinateur, à suivre le classement et la position des concurrents de la Transquadra. Cela fait maintenant un peu plus de 5 jours qu’ils se sont élancés depuis la ligne de départ à Saint-Nazaire. Après un beau départ, Oxymore s’est laissé distancer par Zéphyrin, Pour Aster et Solua. Il se maintient à la quatrième place, et c’est déjà pas mal du tout !
Il est temps de boucler ma valise pour Madère : décollage prévu ce soir depuis Orly Sud.
Une interminable pagaille au check-in, du retard… Bref, on embarque enfin. Je m’installe au siège 1C avec une superbe vue sur le cockpit ouvert pendant les dernières vérifications. Malgré une hôtesse peu coopérante qui me bouche sciemment la vue, je croque aussi vite que possible… J’adore m’incruster dans les cockpits pour dessiner, même si c’est de plus en plus difficile d’y accéder.
Cockpit vol TransaviaJe profite du voyage pour relire les rares mails de Laurent :
29 juillet
Hello !
on est mardi matin, je suis à une quarantaine de milles du cap Finisterre.
RAS à bord, le marin va bien, un peu barbouillé la première nuit mais c’est
passé (normal, quoi), un peu mal à une écorchure à un doigt mais comme j’ai
trop de crèmes, je ne sais pas laquelle mettre alors j’en mets pas,
j’envisage de changer de caleçon un de ces jours… et j’apprécie le
confort de mon pouf.
Quant au bateau, le bilan est, comme on disait dans les années 70 au Parti
Communiste en parlant de l’URSS, « globalement positif » : un accroc au
génois sur le balcon avant lors du départ, et un problème de port informatique qui m’empêche d’avoir les AIS sur
Maxsea !!
Le classement ne va pas être terrible ce matin, je l’attends avec assez peu
d’impatience. Mauvaise nuit.
30 juillet
Curieuse course, décidément. Après une journée d’hier où TOUT s’est fait à
l’envers, aujourd’hui, c’est la tempête !
Le sort était vraiment contre moi hier : d’abord, j’ai eu le seul moment de
quasi-pétole de toute la flotte (1/4 d’heure entre 2 nuages), ensuite,à
chaque fois que j’envoyais le spi medium, 10 mn après le vent atteignait
les 25 nds, donc envoi du lourd pour ne pas exploser le medium,et hop, le
vent passe à 14 nds… d’où re-medium, etc… j’ai fini par laisser le
lourd, mais la vitesse s’en est ressentie. Et en prim, 2 superbes
cocotiers, j’ai récupéré le code 5 entier à chque fois mais c’est un
miracle, et quel bordel après !!
Après ça, donc, tempête! le vent est monté jusqu’à 40 nds cette nuit, avec
une mer déferlante vraiment grosse. J’ai battu le record de vitesse
du bateau (15,84 nds) sous spi,et ensuite le speedo a plusieurs fois
dépassé les 14 nds sous GV 1 ris et solent… Dans cette mer, le pilote a
quand même du mal à gérer (ou bien il est mal réglé ?) donc j’ai barré
jusqu’à 5h30. Depuis, repos, j’ai trouvé une allure où le pilote accepte de
bosser (mer de l’arrière, vent un peu décalé, parfait !),le vent est un peu
tombé mais la mer reste grosse et j’hésite à briser ce fragile équilibre en
renvoyant le code 5. On va voir.
La suite au prochain numéro !
(Pour moi qui ne parle pas le marin couramment, j’ai vaguement compris qu’il y avait eu baston au Cap Finisterre !)
31 juillet
Temps breton en Algarve ?
Non, n’exagérons rien, il ne pleut pas ; mais 25°C et un ciel tout gris à
la latitude de Lisbonne, franchement…
A part ça tout va bien à bord, 20 nds de vent au grand largue, le bateau va
tout seul sous spi ; ça s’est calmé depuis hier, c’est dommage parce que
l’après-midi d’hier et le début de nuit étaient parfaits, temps superbe,
vitesse, à peu près dans la bonne direction (en tout cas pour éviter la
zone sans vent vers la côte portugaise). Le seul truc c’est que je n’ai pas
eu de classement depuis hier 14h, et que ça fait 36h qu’apparemment je suis
seul au monde, personne en vue ni à la VHF à part un cargo russe… on va
voir ce que tout ça donne lors du prochain classement !
Peux-tu m’envoyer les derniers classements par mail ?
J’atterris à Funchal au milieu de la nuit, transfert à la marina de Quinta de Lorde. Je m’écroule dans mon lit.
Arrivée de Laurent prévue demain dans la soirée.

2 août 2014
Je retrouve Madère sans réel plaisir : ce n’est vraiment pas ma destination préférée ! Mais il faut reconnaître la beauté de la pointe Sao Lourenço. Je profite de la matinée pour m’y promener et redécouvrir les roches pigmentées de vermillon, striées d’ocre doré et de violine. Mer indigo.
Pointe de Sao Lourenço
Les premiers bateaux sont arrivés dans la matinée et se succèdent. Le vainqueur de la première manche en double est 3D Développeurs immobiliers skippé par Jean-Pierre Kelbert et Hervé Perroud. Pierrick Penven, vainqueur en solo depuis Saint-Nazaire s’invite pour l’apéro en fin de matinée. Les pontons se remplissent peu à peu, et un comité d’accueil en chemises rouges fête chaque arrivée. Moi, je sirote un planteur aux fruits de la passion en faisant connaissance avec les équipages.
Les Premiers arrivésPierrick Penven, Zéphyrin

 

Déjeuner au Skipper’s Bar qui deviendra la cantine officielle de la Transquadra. Un rapide portrait de Pierrick tout juste débarqué : « J’ai perdu au moins deux kilos, quelle merde ces lyophilisés ! ».
Je harcèle le staff en rouge pour avoir une idée de l’heure d’arrivée d’Oxymore. Ils sont morts de rire et me prennent pour une grande angoissée… Pas du tout ! J’aimerais juste comprendre comment on fait pour estimer le temps restant avec le relevé des positions. Bon, on finit par m’expliquer le rapport entre les miles nautiques et les noeuds et j’en déduis que Laurent devrait poser pied à terre vers minuit.

Marina Quinto de Lorde, MadèreJe dîne en saisissant au vol la belle lumière du soleil couchant. Les drapeaux multicolores flottent au vent, la montagne s’embrase. Plus qu’à attendre maintenant…
A 19H06, je reçois ceci :
Arrivée prévue vers 23H30 heure française, hâte de te voir !
Je le trouve bien optimiste : mes savants calculs m’indiqueraient plutôt 1 heure du mat’ et non 22H30, heure locale… Je décide de mettre le Champagne au frais et de dormir un peu. Vers 23H15, me voilà munie de ma bouteille, me dirigeant d’un pas mesuré vers les pontons avec un bouquin et ma frontale pour patienter… Mon téléphone sonne : « Ben alors, qu’est-ce que tu fous ? Ca fait 1 heure que je suis arrivé. Le bateau est amarré ! «  Je me précipite vers le ponton C, juste dégoûtée de ne pas avoir été là au bon moment… La faute aux relevés de positions !
Oxymore a donc franchi la ligne d’arrivée à 22H40, au bout de 6 jours, 6 heures, 19 minutes et 40 secondes de course. On fête ça dignement au Champagne !
Laurent semble en pleine forme : il m’obligerait presque à plier la grand voile à 1 heure du matin… Après quelques rangements « Faut absolument que je le fasse maintenant » et trois faux départs « Attends, j’ai oublié un truc à bord », il pose enfin pied à terre. Dur de quitter le navire…
Avant d’éteindre la lumière :
Moi : « Alors, tu es content ? »
Laurent : « Bof, j’aurais pu mieux faire… »
Moi : « C’est super, quatrième ! »
Laurent : « J’suis pas content de moi… Pas pris assez de risques ! »
Moi : « Pffffff… Bonne nuit ! »
Arrivée d'Oxymore3 août 2014
La marina grouille de monde : presque tous les bateaux sont arrivés. On s’active sur le pont, les familles mettent la main au rangement, au rinçage, au nettoyage. Belle ambiance de fin de course. Chacun commente sa traversée et les équipages se retrouvent avec plaisir.
Rockall lave son lingeComment résister à cette brochette de gants, mitaines usées par les bouts et les écoutes ? Et le linge sale de Rockall qui sèche en tas sur le ponton !
Tandis qu’au Skipper’s Bar,le staff travaille dur… Le rouge n’est pas que sur les chemises !
Le staffRetour après déjeuner sur les pontons. Laurent s’affaire à bord d’Oxymore et j’observe avec amusement les salopettes suspendues aux haubans, les mocassins-bateau accrochés à un chandelier, les cordages emmêlés, les branchements sauvages…
Rangement sur les pontons
Je convaincs finalement Laurent de m’accompagner pour une promenade sur le cap. Superbe lumière.
Installée à l’abri d’un rocher pour dessiner, je livre un véritable combat contre le vent qui souffle violemment ! La peinture fait ce qu’elle veut, je cours après mes pinceaux qui s’envolent, les pinces à dessin ne suffisent pas pour maintenir mon carnet en place. C’est terrible !
Falaise à Sao Lourenço4 août 2014
Une bonne journée commence toujours par un croquis au port. La séance de réparation de voile fait parfaitement l’affaire !
L’intérêt suscité par mes petits dessins m’étonne toujours… C’est peu de choses, mais rien ne me touche davantage que de voir les personnes tourner les pages du carnet en souriant, en commentant, en se rappelant, en se projetant.
Le carnet de voyage est un magnifique moyen de communication et d’échanges.
Réparation des voilesLassés par « la cantine », nous choisissons de pique-niquer sur une plage de galets en contrebas de pointe Sao Lourenço. Un délicieux moment prolongé par une baignade à l’eau claire.
Je m’arrête au retour pour dessiner une vue plongeante de la marina Quinta do Lorde. L’ensemble comprend une marina privée, un hôtel 5* et des appartements, à quelques kilomètres de Caniçal et de Machico. C’est sympa mais très isolé, et nous tournons vite en rond. Un sujet de plaisanterie entre les équipages.

Marina Quinta do LordeJe redescends tout juste pour assister à l’arrivée d’Artisan, the last one, au bout de 8 jours de courses et un stop en Espagne à l’hôpital pour William Caldwell, blessé mais sans gravité. Ca y est, ils sont enfin tous là…
L'arrivée d'Artisan5 août 2014
Laurent accuse la fatigue de la course et nous traînons toute la journée, entre la piscine d’eau de mer, la piscine à étages et la piscine devant notre chambre. Nous passons également pas mal de temps à discuter avec Valérie, la seule femme solo, avec Jean-Pierre, sa femme Sophie, Dominique, Erwann, Hervé, Patrick, François… On refait la course, on cause gréement, pannes, casses, mécanique et stratégie.
Nous sommes conviés par la direction du Quinta do Lorde à un cocktail de présentation. Un groupe de danse folklorique fait son entrée, le vin de Madère coule à flots et fidèle à mes crayons, je croque l’évènement !
Les danseursCocktailUn ballet de chemises blanches, « Les concurrents », et de chemises rouges, « l’organisation », les enfants qui s’amusent comme des fous, les « femmes de » heureuses d’avoir retrouvé leur mari marin.

6 août 2014

Après quelques déboireAu Pico Ruivos pour louer une voiture, pour finalement nous retrouver sans rien, coincés à Quinta do Lorde Land, Dominique (Groupe 5) propose de faire voiture commune.
Nous voilà partis en direction du Pico do Areeiro. Je demeure décidément insensible aux charmes de Madère, pourtant réputée pour être la perle de l’Atlantique… Dominique prend d’un bon pas le chemin de randonnée tandis que je râle contre le vent, les marcheurs, les escaliers, le vertige, le paysage…

Lézard à MadèreMême les lézards sont suicidaires !

Laurent : « Dis-donc, tu ne serais pas un peu caillou dans la chaussure, toi ? »
Je négocie l’arrêt de la randonnée, et une balade à Funchal via un détour par une petite marche pour débutants paresseux à Balcoes.
Je croque en chemin une tricoteuse de bonnets de laine… Il fait 30 degrés !

La tricoteuse de Balcoes

Chaleur étouffante à Funchal. Pause fraîcheur avec un sorbet à l’ananas dans le vieux quartier aux maisons colorées traversé par les cabines du téléphérique.
Funchal

Dominique nous attend au restaurant du Pico do Areeiro, où nous arrivons après un trajet épique. Quand la voiture refuse littéralement d’avancer en première au milieu d’un raidillon au-dessus d’un ravin, on n’en mène pas large !
Dîner entre JPK.
Au menu :  chansons paillardes, vin rouge et plans sur la comète…
Dîner JPK

7 août 2014
Laurent règle les derniers détails pour l’hivernage d’Oxymore à Madère pendant que je range le frigidaire et décide de mitonner une petite salade de harengs-pommes à l’huile pour finir les restes. En quête d’un oignon, je croise Sophie qui nous invite à déjeuner sur Yemanja, le JPK 38 d’Hervé. Nous partagerons avec Valérie, Jean-Pierre, Sophie, Frédéric (Coco), sa femme, Hervé et les enfants la salade et mille autres bonnes choses. Moi qui avais juré ne plus jamais me laisser embarquer dans une croisière, je suis conquise par ce bateau spacieux et lumineux.
Moi : « Tu vois, si t’achète ça, je pars en croisière avec toi ! »
Laurent : « Sérieux ???? »
Moi : « Ben oui… Y a une vraie cuisine, des vraies cabines, un vrai cockpit… »
Laurent : « Pffff… J’aime trop mon bateau pour changer ! »
Moi (intérieurement) : « Ouf ! »
JPK38

Le banquet de clôture se prépare activement. Les barbecues fument, et les tables se dressent en rouge et blanc. La plupart des bateaux sont à présent au sec sous la piste de l’aéroport, les pontons sont vides. Finie la frénésie des premiers jours. L’heure est à la détente, on pense au retour et même à la deuxième manche. J’ai déjà réservé mon billet d’avion et la location d’un appartement au Marin en Martinique. Les skippers évoquent la difficulté de convoyer le bateau en Cargo. Tout le monde a déjà un peu quitté Madère…
Que la fête commence !
Soirée de clôture

Proclamation du classementProclamation du classement.

Les assiettes et les verres sont pleins, les langues déliées.
Laurent se couche à 4 heures du matin.
Moi, à moitié réveillée : « Non mais t’as vu l’heure ???? »
Laurent (sourire alcoolisé) : « C’est quand même une course super sympa… »
Soirée de clôture

8 août 2014
Pascal nous dépose à l’aéroport.
Nous sommes plusieurs à repartir par le même vol Transavia en direction d’Orly Sud.
Il pleut à Paris.

Merci à tous ceux qui se sont laissés croqués, aux équipages, au staff de la Transquadra.
Et vivement la Martinique !

La Transquadra se dessine… Carnet de course

Laurent sur Oxymore, Transquadra 2014-2015

Laurent sur Oxymore, Transquadra 2014-2015

En rencontrant Laurent, j’ai épousé non seulement un homme adorable mais également sa passion, la voile ! La mer faisait partie du package…
Malade comme un chien et trouillarde en mer, je déteste naviguer, mais je voue une immense admiration pour l’engagement et la ténacité dont a fait preuve Laurent dans sa préparation d’une transatlantique en solitaire, la Transquadra.
Un rêve qu’il murit depuis des années.
Oxymore est enfin arrivé l’été dernier, sorti du chantier de Jean-Pierre Kelbert : un JPK 10.10, magnifique avec sa coque grise et son pont en teck. Rapide, élancé, et minutieusement étudié dans les moindres détails pour la course en solitaire.

Le départ a été donné depuis Saint-Nazaire le 27 juillet à 17h20.
Prochaine étape : Madère !
En tenant un journal de bord en dessin des 3 ultimes jours de préparation, j’ai voulu rendre hommage à ces hommes et femmes engagés, passionnés et passionnants. Skippers, staff, familles… Vous êtes tous formidables !

 24 juillet 2014
J-3
Arrivée à Saint-Nazaire après un détour par la pharmacie de Bubu à Rennes pour récupérer la trousse à pharmacie obligatoire en mer : Laurent devrait pouvoir survivre à tout ! Du kit de réparation dentaire à l’IV d’adrénaline, en passant par le nécessaire à suture et la morphine, tout y est.

A quai, bassin de Saint-Nazaire

A quai, bassin de Saint-Nazaire quai Est, Laurent à l’oeuvre sur Oxymore.

Sous un soleil de plomb, temps à l’orage, Laurent accroche son cagnard : numéro douze.
C’est l’effervescence… Premiers coups de tonnerre.

Installation de Jeppe Heim

Installation de Jeppe Heim

Pendant que certains triment sous la pluie, je file m’abriter dans la base de sous-marins et tombe nez à nez avec Distance, une installation monumentale de Jeppe Heim, qui fait la joie des enfants : des boules blanches s’élancent dans une gigantesque structure métallique évoquant une attraction délirante de fête foraine superbement intégrée dans  cet espace laissé brut de décoffrage.

Le bassin de Saint-Nazaire

Le bassin de Saint-Nazaire.

Aquarelle du soir depuis le pont-levant. Belle lumière. Fascinée par cette forêt de mats tintinnabulant et pavoisés aux couleurs de la transquadra.
Moi à Laurent : « Alors ? »
Laurent : « J’suis pas dedans. »
Moi : « Pourquoi ? »
Laurent : « Ils font des tas de trucs à bord, moi j’ai l’impression que c’est OK. C’est pas normal. »
Moi : « Arrête… Bonne nuit ! »

25 juillet 2014
J-2

Cabane de pêcheur

Cabane de pêcheur

Cabane de pêcheur

Cabane de pêcheur

Je découvre le bord de mer à Saint-Nazaire, et les ravissantes cabanes de pêcheurs qui donnent à la plage un charme fou. Impossible de résister à la tentation d’un dessin. Marée basse, vase luisante, rares joggers. Délicieux moment.

Sur la plage

Sur la plage

 

Pêcheur rangeant ses filets

Pêcheur rangeant ses filets

J’arrive enfin sur le ponton pour soutenir moralement Laurent et découvre ce pêcheur à l’ouvrage. Hop, Laurent partira tout seul à la pompe remplir son bidon d’essence : moi, je croque en brûlant au soleil !

 

A quai

A quai

Je m’installe en fin d’après-midi de l’autre côté du bassin et croque le quai d’amarrage d’Oxymore depuis la base sous-marine. Les promeneurs s’arrêtent, intrigués. J’adore ces échanges impromptus où chacun raconte un peu sa vie, l’air de rien…
Le bassin de Saint-Nazaire n’est pas une marina ! Il y règne une atmosphère de chantier, de travail, de pêche… C’est à la fois décalé et très authentique.

 

Plombage du moteur

Plombage du moteur

Et si jamais le solitaire à l’arrêt dans la pétole succombait à un coup de cafard gigantesque au point de démarrer le moteur…

Soirée de présentation des équipages

Soirée de présentation des équipages

Conversation glanée entre Laurent et un skipper à la soirée de présentation des équipages. Le spleen du concurrent avant le départ…

Présentation des équipages

Présentation des équipages

Soirée de présentation des équipages

Soirée de présentation des équipages

Yolaine de La Bigne appelle les skippers un par un : Pour Aster, Oxymore, Chasseur de prime, Vent d’Ox, Clair de lhune, Détours du monde, Equateur II, Les pompons, Raging Bee, Jokari, Zinzolin, Papillon 3, Philia, Laminak… A travers cette énumération digne d’un inventaire à la Prévert, on entend un petit morceau de vie, on reconnait le prénom des enfants, un rêve, un parcours. C’est un défilé de chemises blanches siglées Transquadra qui se mélangent aux chemises rouges des organisateurs.
Le buffet est ouvert ! La fête commence avec les Gabiers d’Artimon au grand complet, en marinière.

Les Gabiers d'Artimon

Les Gabiers d’Artimon

Gabier d'Artimon

Un Gabier d’Artimon solitaire croqué à son insu…

26 juillet 2014
J-1

Holly Totsy Gang

Holly Totsy Gang

Village de la Transquadra : un air de jazz endiablé résonne sur le quai. Le soleil tape fort et mon stylo danse tout seul. On m’apporte une chaise, une part de far breton aux pruneaux et je dessine au rythme de la musique ! L’esprit de la Transquadra : sympathie et bonne humeur ! Je culpabilise légèrement de laisser Laurent faire son avitaillement tout seul. Quoique ! Valérie, la seule femme solitaire de l’épreuve se dévoue pour l’accompagner.

Valérie Antonini

Valérie Antonini

Qu’à cela ne tienne, au diable Carrefour Market et la queue du samedi à la caisse, je préfère largement enchaîner les croquis munie d’un verre de ti punch puisque c’est la journée « Martinique ». L’Office du Tourisme de Marin  s’est démené pour un apéro-dégustation antillais du tonnerre ! D’un seul coup, j’ai subitement hâte d’être à l’arrivée de la deuxième étape en Martinique…

Le pot de l'Office du tourisme du Marin, Martinique

Le pot de l’Office du tourisme du Marin (Martinique)

Je rejoins Rémi, l’ami fidèle de Laurent et préparateur-bricoleur-équipier de génie. Mission du jour : fixer des scotchs phosphorescents sur la grand-voile pour des réglages nocturnes ultra-précis. Toujours sous l’emprise du rhum, je tente un dessin rapide du village de la Transquadra.

Village de la Transquadra

Village de la Transquadra

Rémi : « Te connaissant, je suis sûr que tu adores Saint-Nazaire ! »
Moi : « Pourquoi tu dis ça? »
Rémi : « Ben, il paraît que tu aimes les ambiances industrielles, les ports de commerce et les usines ! »
Moi : « C’est vrai que j’adore dessiner les raffineries de pétrole de Fos-sur-Mer, les grues et les pylones électriques… »
Rémi : « T’as qu’à faire un tour cet après-midi sur le chantier du bateau militaire russe en livraison, ça devrait te plaire ! »
Il ne fallait pas me le dire deux fois…

Chantier de Saint-Nazaire

Chantier de Saint-Nazaire

Smolnyi 210

Smolnyi 210

Après m’être faufilée ni vu ni connu dans un endroit marqué en grosses lettres rouges « Interdit au public », je déniche un beau point de vue sur le Smolnyi 210, bateau école de la flotte russe qui sert d’hôtel flottant pour l’équipage venu prendre possession du navire tout juste achevé par les chantiers de Saint-Nazaire.
Rémi avait raison : je plane…

Le Pont de Saint-Nazaire

Le Pont de Saint-Nazaire

La silhouette du Pont de Saint-Nazaire traverse le ciel. Le soir décline doucement. On prépare à côté la soirée des 20 ans de la Transquadra. Des bribes de conversation me parviennent aux oreilles : « Et toi, tu règles comment dans la brise… T’as un spi asy… gênois ou solent ? » La pression monte, les angoisses de dernière minute…

Les 20 ans de la Transquadra

Les 20 ans de la Transquadra

Moi : « Ca va ? »
Laurent : « J’ai une boule… là. »
Moi : « Je t’aime, j’ai confiance en toi, tu y arriveras haut la main. Bonne nuit. »

27 juillet 2014
Jour J
Nuit difficile, peu dormi.
On prépare nos sacs en silence. Laurent quitte la chambre d’hôtes avant nous pour un dernier briefing de l’organisation.
Je m’installe pendant ce temps à une terrasse avec Eugénie qui stresse pour son papa et me détend en croquant les tronches locales. Tranches de vie.

Au café le Disque Bleu

Au café le Disque Bleu

Au café le Disque Bleu

Au café le Disque Bleu

Nous nous promenons toutes les deux à travers la base de sous-marins, puis sur la terrasse panoramique pour observer l’étonnante oeuvre de Felice Varini, Suite de triangles, avec le bon point de vue. Une belle manière d’illustrer la notion de projection et de perspective… Pas moyen de faire un croquis puisque nous n’avons que le temps de déjeuner en vitesse avant la sortie des bateaux par le sas sud et le passage de l’écluse.

Suite de triangles, Varini

Suite de triangles, Varini

Derniers adieux sur le ponton. Je verse une larme à l’abri de mes lunettes de soleil. Laurent a le sourire. Crispé, tout de même… Amarres larguées, petits instants de panique quand deux bateaux se mettent en vrac en menaçant Oxymore. Ca y est, le pont se lève et les bateaux se dirigent à couple vers le sas au son des binious et cornemuses du groupe Bagad de Saint-Nazaire. Le public applaudit, l’émotion est tangible. Je me précipite au-dessus de l’écluse pour croquer à toute vitesse cet instant.

Entrée des bateaux dans l'écluse

Entrée des bateaux dans l’écluse

Dans l'écluse

Dans l’écluse

Le bateaux restent dans le sas, le temps que l’eau se mette à niveau, puis s’élancent à l’ouverture des portes dans la mer en direction de la ligne de départ, juste avant le Pont de Saint-Nazaire.

Sortie de l'écluse

Sortie de l’écluse

Il commence à pleuvoir, le ciel est gris comme la coque d’Oxymore. Un bon présage.
Eugénie et moi courrons nous installer sur la jetée aux premières loges pour regarder les bateaux se mettre en ligne. Je dessine frénétiquement, sans penser aux gouttes de pluie qui tachent mon dessin. Croquis sur le vif !

Vers la ligne de départ

Vers la ligne de départ

C’est parti ! Oxymore semble bien placé. Nous longeons en voiture le bord de mer pour regarder les bateaux filer vers le large. Oxymore remonte ses concurrents, il est en tête et remporte l’oeuvre de Nicolas Silberg attribuée au solo passant le premier la pointe de Chemoulin.

Oxymore prend la tête !

Oxymore prend la tête !

Bon vent à tous les concurrents. La suite à Madère…

Un grand merci à Laurence et Rémi Guimard pour leur accueil et leur gentillesse : chambre d’hôte Chrisocéan, Saint-Nazaire. http://www.chambrehotes-chrisocean.fr/
Mention spéciale pour le spa à disposition…
Pour suivre la Transquadra en direct, c’est par

Coney Island, Carnet de voyage à New-York, avril 2014

Coney Island, New-York

Coney Island, New-York, Delphine Priollaud-Stoclet. Gouache sur papier bleu.

Au bout de la ligne N, la grande roue de Coney Island surplombe une improbable fête foraine désertée.
Les baraques à frites s’alignent, store baissé, enseignes éteintes. Hot-dogs de néons mettant à la bouche une eau fade et insipide.
Et les manèges censés faire peur exhibent un décor de montagnes russes bigarrées d’un autre temps.
Au premier plan, la plage s’affiche, soudain illuminée par un coup de soleil.
La fête prend des couleurs tandis que cinq adolescents fous se déshabillent et plongent dans l’Océan en hurlant ! Il fait 5 degrés…

Paris, je t’aime ! Carnet de voyage à Paris

Comme il est agréable de musarder au soleil… Voilà que je me prends pour une touriste en goguette à Paris, le temps d’une belle journée de printemps !
Je dessine la Pyramide du Louvre en clignant des yeux (j’ai bien sûr oublié mes lunettes de soleil…) tandis que m’attendent au Palais-Royal les colonnes à rayures de Buren.

Musée du Louvre, Carnet de voyage à Paris

Musée du Louvre, Carnet de voyage à Paris
Encre de Chine et feutre tubulaire

Je m’amuse à croquer badauds et touristes pique-niqueurs, solitaires ou en grande conversation…

Les Colonnes de Buren, Carnet de voyage à Paris

Les Colonnes de Buren, Carnet de voyage à Paris
Encre de Chine et feutre tubulaire.

Et je rentre à la maison avec l’impression d’avoir été en vacances, malgré la cohue du RER et une pile de paperasses en retard sur mon bureau !

Mon rêve d’Islande

L’Islande est un fantasme, une idée que je nourris depuis longtemps…
J’en ai rêvé pour le concours organisé par Nouvelles Frontières  » Gagnez le voyage de votre vie » et j’ai eu la joie de remporter le second prix avec ce texte accompagné d’ébauches picturales.

Islande - Carnet rêvé

Islande – Carnet rêvé

Quel pays dessinerait la Terre comme une autre planète ?
Comment voyager aux confins de l’univers vers ces lieux incertains qui peuplent mes rêves ?
Quelle terre épouserait l’eau pour enfanter le feu et le ciel ?
Quelle écorce arracherait de ses entrailles fumantes de spectaculaires geysers ?
Vert de gris, bleu céruléen, cramoisi d’alizarine, noir d’ivoire, auréoline. Pigments essentiels pour capturer les quatre éléments réunis, mes inséparables aquarelles.
De l’eau, de l’encre, le blanc et le grain de la feuille.

Islande - Carnet rêvé

Islande – Carnet rêvé


Je songe à une île unique où vagabonder au rythme de mes étonnements, l’espace d’un territoire à mille lieux des paysages connus et reconnus.
Mon doigt s’attarde au Nord de la mappemonde dépliée.
Islande, terre de glace au cœur brûlant. Palpitant oxymore.

Islande - Carnet rêvé

Islande – Carnet rêvé

 Les plaines d’Islande chuchotent à l’oreille des cailloux des mots arides aux tonalités soufrées. Des syllabes imprononçables formées de lettres existant nulle part ailleurs ajoutant au mystère d’un pays qui dérive à la lisière du globe.
La toundra frémissante parée de fleurs sauvages et mauves ondule, offerte à la caresse de l’air pur.
Je suis prête à échanger mon cher soleil flamboyant contre le pâle et mystérieux soleil de minuit.
La nuit polaire, couronnée d’aurores boréales phosphorescentes, resplendirait d’une lumière magique pailletée d’or et d’argent.
J’aimerais parcourir à pied ces déserts de pierres ponctués de volcans cracheurs de flammes et de cendres, deviner les eaux bouillantes emprisonnées sous les glaciers, explorer de nouvelles frontières picturales.

Voir naître le cosmos,  jouer avec le feu.

Un retour aux sources.

Peindre les gris colorés et l’éclat du chaud.
Jeter sur le papier la trace de mes pas.
Rapporter le carnet d’un voyage alchimique.

Islande, mon rêve de fin du monde.

Islande - Carnet rêvé

Islande – Carnet rêvé

C’est le souk ! Carnet de voyage à Marrakech novembre 2013

Tap tap tap, vrouuuummmmmmmm vrouuuuuummmmmmmmm, chchchch…. Le martèlement des ferronniers dans le souk Hadadine et la douceur de la laine feutrée chez les Teinturiers ; la lumière filtrée par les lanternes ajourées suspendues à un rayon de soleil ; les pigments éclatants rassemblés en perles de laine et babouches aguicheuses qui pointent leur nez, serrées comme des sardines multicolores.
Marrakech la bariolée fait son show et j’adore ça !

Dans le souk Hadadine

Dans le souk Hadadine, encre et gouache, Delphine Priollaud-Stoclet. Carnet de voyage à Marrakech

Souk des teinturiers

Dans le souk des teinturiers, encre de Chine, Delphine Priollaud-Stoclet. Carnet de voyage à Marrakech

Carnet de voyage au Ladakh août 2013 – Le moine de Skyurbuchan – Delphine Priollaud-Stoclet

Carnet de voyage au Ladakh, 2-18 août 2013.
#Extraits
11 août 2013

Promenade jusqu’au monastère surplombant le village de Skyurbuchan. Nous gravissons une succession de ruelles dessinées à flanc de paroi, ponctuées d’une multitude de moulins à prières tintinnabulants. Musique aigrelette dispersant aux quatre coins du monde nos rêves et espérances.
Au loin, l’orage gronde. La montagne rugit.

Les moulins à prières - Skyurbuchan - Ladakh

Les moulins à prières – Skyurbuchan – Ladakh
Gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Je m’arrête quelques minutes pour dessiner le bazar de ruelles qui prolifèrent entre les tas de pierres éparses et les habitations. Ici, la rue n’est que le vide laissé entre deux maisons : la notion de circulation n’existe pas ! Esthétique du labyrinthe et de l’imbrication.
Un jeune peintre tibétain qui restaure les fresques du monastère s’arrête pour regarder mon carnet. Nous parlons peinture et démarches artistiques, là, dans ce petit village du bout du monde, observés par un chien errant à la mine patibulaire.

Le village de Skyurbuchan

Le village de Skyurbuchan – Ladakh
Encre et gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Vu du monastère, le village ressemble à un puzzle de terrasses entrelacées et pavoisées. Les drapeaux multicolores vibrent comme des centaines de flammes allumées pour disperser la parole de Bouddha.
Les prières s’écrivent sur le ciel et parlent au vent.

Skyurbuchan

Skyurbuchan

Un moine au regard malicieux pose en souriant. Il aime les chats, c’est bon signe !

Le moine de Skyurbuchan

Le moine de Skyurbuchan
Gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Une pochade à la gouache en guise de souvenir. Lumière claire, l’air est frais.
Quand je lui montre son portrait, celui-ci s’envole : faut-il y voir un signe ? Je ne me résous pas à laisser là mon dessin, sans doute trop attachée aux choses matérielles… Je me précipite dans les escaliers, au hasard, cherchant cette toute petite feuille rouge parmi un dédale de marches… Un jeune moine me hèle, puis brandit mon dessin avant de le suspendre à une guirlande de drapeaux. Il joint les mains, murmure une prière et l’image du moine devient sacrée.
J’ai les larmes aux yeux.

Carnet de voyage au Ladakh août 2013 – Korzok, Tso Moriri – Delphine Priollaud-Stoclet

Carnet de voyage au Ladakh, 2-18 août 2013.
#Extraits
15 août 2013

Sur les rives du Tso Moriri, le village de Korzok abrite les nomades qui s’y installent tout l’été pour faire paître yacks et chèvres pashmina.

Campement nomade à Korzok, Tso Moriri, Ladakh

Campement nomade à Korzok, Tso Moriri, Ladakh. Gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c) Carnet de voyage au Ladakh

Tentes brunes posées sur la prairie, simplement retenues par quelques pierres tombées de la montagne. Un habitat précaire de fortune qui semble bien fragile et provisoire…
Yacks et ânes broutent avec flegme l’herbe fleurie de minuscules étoiles bleues et jaunes. Silence brisé par les aboiements des chiens sauvages pullulant en quête de nourriture.
Je suis saisie par l’immobilité des êtres et du paysage : ici, le mouvement se forme autre part que dans le déplacement…
Le ciel à portée de main.

Delphine Priollaud-Stoclet - Korzok

Delphine Priollaud-Stoclet – Korzok

Un haut-parleur crachotant et vociférant déverse son flot de prières que le vent transportera pour soigner, soulager et apaiser les âmes par-delà les sommets. Le temple en dur, un affreux cube de béton brut, accueille des dizaines de nomades venus se recueillir.
C’est jour de fête.
Visages burinés, brûlés par les hivers glacials et les étés brûlants, animés par des regards noirs et perçants, cachés derrière des lunettes de soleil offrant un drôle de contraste avec les tenues traditionnelles.

Portraits nomades - Korzok - Ladakh

Portraits nomades – Korzok – Ladakh. Gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Les femmes et les enfants se tiennent à l’écart des hommes, agitant leurs petits moulins à prières tintinnabulants. Certaines dorment, couchées à même le sol, d’autres devisent, joliment parées de châles aux motifs chatoyants. Les enfants courent partout tels de joyeux lutins dépenaillés, la morve au nez, les joues noires de poussière, le rire au bord des lèvres.
Tandis que je dessine, l’une d’elles m’offre à mains nues une poignée de riz aux fruits secs que je déguste avec bonheur. C’est délicieux !

Portraits nomades - Korzok

Portraits nomades – Korzok

Royal Boat !

Oxymore est né, vive Oxymore !
La mise à l’eau d’Oxymore s’est faite dans les règles de l’art hier après-midi à la base sous-marine de Lorient.
Oxymore est le nouveau-né tant attendu de la famille, le voilier amoureusement et patiemment pensé par Laurent depuis des années, construit par Jean-Pierre Kelbert (JPK).
Nous avons donc fêté comme il se doit l’arrivée de ce JPK 10.10 qui promet de belles escapades…
Il est magnifique avec son pont en teck, sa coque « grey storm » et son mât tout noir !

Mise à l'eau

Mise à l’eau d’Oxymore à la base sous-marine de Lorient. Encre de Chine, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Installation du mât

Installation du mât, encre de Chine, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Pendant que Laurent règle les derniers détails techniques, je m’éclipse pour boire un café au Poulpe, avenue de la Perrière. Attablés à la table voisine, deux messieurs discutent tranquillement en lorgnant sur mon carnet Moleskine : une conversation s’amorce tout naturellement et nous parlons peinture, école de Bretagne et beaux-arts. Drôle de rencontre ! Toujours la magie du dessin qui délie les langues et les esprits, sans parler de la main…
Suivant leur conseil, je prends la rue du Chalutier les deux anges pour dessiner dans le chantier naval tout proche les vieilles coques rouillées tandis que les mouettes tournoient autours des chalutiers du port de pêche et poussant des cris perçants.

Les coques abandonnées

Les coques abandonnées, encre de Chine et gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Il est 17h00, l’heure de boire le Champagne en l’honneur d’Oxymore ! Nous nous retrouvons au chantier de JPK (Jean-Pierre Kelbert) avec les compagnons qui ont construit ce bateau en soignant les moindres détails. Laurent est sur un petit nuage, songeant probablement à la prochaine étape : la Transquadra 2014, une transatlantique en solitaire où il a l’intention de briller…

Champagne !

Champagne ! Encre de Chine et gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

ESQUISSES BIRMANES # Extraits 1

Carnet de voyage au Myanmar, 23 mars 2013 – 7 avril 2013

Jeune femme, Cité royale d'Awa

Jeune femme, Cité royale d’Awa, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013(c)

Quinze jours pour arpenter au pas de course une terre d’or, d’eau et de rêves.
Quinze jours pour embrasser un peuple au sourire éclatant.
Quinze jours pour essayer de percer à jour les enjeux d’une situation politique compliquée.
Quinze jours pour se plonger dans l’intimité de Bouddha.
Quinze jours de dessin frénétique au rythme des milliers de pagodes de Bagan, des reflets ondulants du lac Inle, de la poussière d’ocres et d’oxydes poudrant les routes cahoteuses, des visages rehaussés de tanaka et des crachats écarlates de jus de bétel.

Wynn, notre guide au français impeccable, est un homme d’une belle générosité.

Wynn

Wynn mange sa soupe – Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Il m’a emmenée à Fairy Land, un surnom qu’il a donné à un ensemble de pagodes en ruines dissimulées au cœur d’une végétation luxuriante, pour me montrer une statuette de Bouddha qu’il avait soigneusement cachée là des années avant pour la protéger ; il m’a présentée à son Bouddha préféré dans la grotte de Pindaya et nous avons longuement discuté tandis qu’il le dépoussiérait avec des gestes incroyablement doux ; il m’a ouvert les portes d’un monastère seulement habité par un unique moine vénérable très âgé et quelques chats, et s’est adonné aux prières rituelles en toute confiance ; enfin, après s’être livré sans fards sur la condition politique de son pays, il nous a offert l’hospitalité à Yangon dans le monastère qu’il a contribué à faire construire avec l’argent de ses pourboires. Quelle expérience que celle de déguster des mets inconnus tandis que les fidèles se succèdent pour lire sans interruption la vie de Bouddha…

Moine

Moine,

Grâce à lui, j’ai découvert une Birmanie hors des sentiers battus, une Birmanie faite de chair, de sang, d’or et de terre. Une Birmanie aux couleurs épicées et aux saveurs douces-amères.

Sur la route

Sur la route, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Le giacaranda violet

Le giacaranda violet, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Sitôt atterrie à Yangon, me voilà projetée sur l’esplanade de la fabuleuse Pagode Schwegadon, toute vêtue d’or et de brillants.

Grande Pagode Schwegadon, Rangoon

Grande Pagode Schwegadon, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

La foule est aux petits soins pour Bouddha et ses innombrables répliques : offrandes parfumées, bains rituels, prières… J’ai le vertige, autant à cause du jetlag que de sentir grouiller autour de moi autant de monde. Et pourtant je suis apaisée et sereine, heureuse de dessiner et étonnée de voir à quel point les visiteurs birmans s’intéressent à mes aquarelles. Je suis photographiée sous toutes les coutures… L’arroseur arrosé !

A Schwegadon

A Schwegadon, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Petite nonne en méditation, Schwedagon

Petite nonne en méditation, Schwedagon, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Incomparable quiétude de Bagan, la plaine aux huit mille temples. Stupas et pagodes surgis de terre tels des fleurs de pierre centenaires poudrées de rouge, de chaux et d’or. Noyés dans une brume bleutée, les temples apparaissent et disparaissent comme par enchantement, tantôt flous, tantôt silhouettes délicatement ciselées par le ciel.

Bagan

Bagan, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Les cérémonies des offrandes se succèdent sous l’œil tutélaire des Bouddhas de plus en plus obèses au fur et à mesure que les croyants collent avec dévotion d’impalpables feuilles d’or martelées, gages de leur foi.

Moines à Bagan, pendant la cérémonie des offrandes

Moines à Bagan, pendant la cérémonie des offrandes, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Frappeurs d'or à Mandalay

Frappeurs d’or à Mandalay, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)