Carnets de vacances… Carnets de voyage de Delphine Priollaud-Stoclet

Quand il fait gris, je plonge la tête la première dans mes carnets colorés… pour me noyer dans mes petits souvenirs de vacances ! Je déteste griller sur la plage, mais quel bonheur de bronzer en croquant le délicieux spectacle des vacances tandis que le secouriste veille au grain… A suivre l’été prochain !

La plage, Théoule sur Mer

La plage, Théoule sur Mer, feutre et aquarelle.

A quoi sert le dessin, à fortiori le carnet de voyage ?

Souk Attarinne, Marrakech

Souk Attarinne, Marrakech, novembre 2014. Delphine Priollaud-Stoclet

“Le travail de l’auteur suggère la possibilité d’une fiction suprême, reconnue comme fiction, dans laquelle l’humanité pourrait à soi-même s’offrir un comblement. Dans la création d’une telle fiction, quelle qu’elle soit, la poésie serait dotée d’une importance vitale. Les nombreux poèmes qui se rapportent aux interactions de la réalité et de l’imagination doivent être considérés comme situés en marge de ce thème central.”
Wallace Stevens, Lettre,

Remplacez “auteur” par “peintre” et “poésie” par “dessin”…

La clameur de Djema El Fna

La clameur de Djema El Fna, Carnet de voyage au Maroc, novembre 2014


À quoi sert le dessin, à fortiori le carnet de voyage ?

À produire une belle image marketée sur papier glacé, un cliché reproductible et déclinable à l’infini reprenant tous les codes “style carnet de voyage” : joli dessin exotique sur papier journal, collages d’étiquettes usées et désuètes, calligraphies abusant des pleins et des déliés, aquarelle brillante et belle facture … Bref, une image formatée comme un tube de l’été avec une recette qui a fait ses preuves ? Ou bien est-ce une mémoire sensible, une image intériorisée moins immédiate et plus difficile à cerner, une prise de risques et une recherche parfois déstabilisante et pas toujours très jolie ? Un territoire inconnu finalement, à mille lieux des sentiers balisés et rebattus qui ont la faveur de tous ceux qui craignent finalement ce qui leur est étranger et demande un effort…
Le débat est ouvert !

Et pour ceux qui s’intéressent à la question de l’interprétation, de la vérité, du statut de l’oeuvre par rapport à la réalité, je vous invite à découvrir le poème de Wallace Stevens, poète américain (1879-1955) intitulé Treize façons de regarder un merle.
Ce poème montre à quel point notre manière de regarder, d’observer la réalité et l’interprétation qui en découle modifie notre perception. Il n’existe pas de point de vue unique, mais une infinité d’imaginations (de “mises en images”) possibles et subjectives. En tout cas, il est bon de s’éloigner des apparences…

I
Entre vingt pics neigeux,
Tout était immobile
Hormis pour l’œil d’un merle.

II
J’avais trois idées en tête,
Comme un arbre
Où sont juchés trois merles.

III
Le merle tourbillonnait dans les vents d’automne —
Une petite partie de la pantomime.

IV
Un homme et une femme
Sont un.
Un homme et une femme et un merle
Sont un.

V
Je ne sais ce que je préfère
De la beauté des inflexions,
De celle des sous-entendus.
Le merle sifflotant,
Ou juste après.

VI
Des glaçons garnissaient la fenêtre allongée
De verre barbare.
L’ombre du merle la traversait
De part en part.
On sentait,
Tracée dans cette ombre,
Une indéchiffrable cause.

VII
Ô vous, minces hommes d’Haddam,
Pourquoi aller imaginer
Des oiseaux d’or? Mais voyez donc:
Le merle marche entre les jambes
Des femmes qui sont près de vous.

VIII
Je sais de fort nobles accents,
Des rythmes clairs, inéchappables;
Mais je sais, aussi, que le merle
Fait partie de ce que je sais.

IX
Lorsque l’œil le perdit de vue,
Le merle en vol marqua le bord
De l’un des cercles innombrables.

X
Apercevant des merles
En vol dans un jour vert,
Jusqu’aux macs d’euphonie
Qui poussent de hauts cris.

XI
Il passait le Connecticut
Dans une berline de verre.
La peur une fois le saisit:
Il prit l’ombre de ses coursiers
Pour des merles.

XII
La rivière est en branle.
Le merle doit voler.

XIII
Tout l’après-midi, il fit soir.
Il neigeait
Et il allait neiger sous peu.
Le merle restait
Perché dans les branches du cèdre.

Coney Island, Carnet de voyage à New-York, avril 2014

Coney Island, New-York

Coney Island, New-York, Delphine Priollaud-Stoclet. Gouache sur papier bleu.

Au bout de la ligne N, la grande roue de Coney Island surplombe une improbable fête foraine désertée.
Les baraques à frites s’alignent, store baissé, enseignes éteintes. Hot-dogs de néons mettant à la bouche une eau fade et insipide.
Et les manèges censés faire peur exhibent un décor de montagnes russes bigarrées d’un autre temps.
Au premier plan, la plage s’affiche, soudain illuminée par un coup de soleil.
La fête prend des couleurs tandis que cinq adolescents fous se déshabillent et plongent dans l’Océan en hurlant ! Il fait 5 degrés…

Paris, je t’aime ! Carnet de voyage à Paris

Comme il est agréable de musarder au soleil… Voilà que je me prends pour une touriste en goguette à Paris, le temps d’une belle journée de printemps !
Je dessine la Pyramide du Louvre en clignant des yeux (j’ai bien sûr oublié mes lunettes de soleil…) tandis que m’attendent au Palais-Royal les colonnes à rayures de Buren.

Musée du Louvre, Carnet de voyage à Paris

Musée du Louvre, Carnet de voyage à Paris
Encre de Chine et feutre tubulaire

Je m’amuse à croquer badauds et touristes pique-niqueurs, solitaires ou en grande conversation…

Les Colonnes de Buren, Carnet de voyage à Paris

Les Colonnes de Buren, Carnet de voyage à Paris
Encre de Chine et feutre tubulaire.

Et je rentre à la maison avec l’impression d’avoir été en vacances, malgré la cohue du RER et une pile de paperasses en retard sur mon bureau !

C’est le souk ! Carnet de voyage à Marrakech novembre 2013

Tap tap tap, vrouuuummmmmmmm vrouuuuuummmmmmmmm, chchchch…. Le martèlement des ferronniers dans le souk Hadadine et la douceur de la laine feutrée chez les Teinturiers ; la lumière filtrée par les lanternes ajourées suspendues à un rayon de soleil ; les pigments éclatants rassemblés en perles de laine et babouches aguicheuses qui pointent leur nez, serrées comme des sardines multicolores.
Marrakech la bariolée fait son show et j’adore ça !

Dans le souk Hadadine

Dans le souk Hadadine, encre et gouache, Delphine Priollaud-Stoclet. Carnet de voyage à Marrakech

Souk des teinturiers

Dans le souk des teinturiers, encre de Chine, Delphine Priollaud-Stoclet. Carnet de voyage à Marrakech

Carnet de voyage au Ladakh août 2013 – Korzok, Tso Moriri – Delphine Priollaud-Stoclet

Carnet de voyage au Ladakh, 2-18 août 2013.
#Extraits
15 août 2013

Sur les rives du Tso Moriri, le village de Korzok abrite les nomades qui s’y installent tout l’été pour faire paître yacks et chèvres pashmina.

Campement nomade à Korzok, Tso Moriri, Ladakh

Campement nomade à Korzok, Tso Moriri, Ladakh. Gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c) Carnet de voyage au Ladakh

Tentes brunes posées sur la prairie, simplement retenues par quelques pierres tombées de la montagne. Un habitat précaire de fortune qui semble bien fragile et provisoire…
Yacks et ânes broutent avec flegme l’herbe fleurie de minuscules étoiles bleues et jaunes. Silence brisé par les aboiements des chiens sauvages pullulant en quête de nourriture.
Je suis saisie par l’immobilité des êtres et du paysage : ici, le mouvement se forme autre part que dans le déplacement…
Le ciel à portée de main.

Delphine Priollaud-Stoclet - Korzok

Delphine Priollaud-Stoclet – Korzok

Un haut-parleur crachotant et vociférant déverse son flot de prières que le vent transportera pour soigner, soulager et apaiser les âmes par-delà les sommets. Le temple en dur, un affreux cube de béton brut, accueille des dizaines de nomades venus se recueillir.
C’est jour de fête.
Visages burinés, brûlés par les hivers glacials et les étés brûlants, animés par des regards noirs et perçants, cachés derrière des lunettes de soleil offrant un drôle de contraste avec les tenues traditionnelles.

Portraits nomades - Korzok - Ladakh

Portraits nomades – Korzok – Ladakh. Gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Les femmes et les enfants se tiennent à l’écart des hommes, agitant leurs petits moulins à prières tintinnabulants. Certaines dorment, couchées à même le sol, d’autres devisent, joliment parées de châles aux motifs chatoyants. Les enfants courent partout tels de joyeux lutins dépenaillés, la morve au nez, les joues noires de poussière, le rire au bord des lèvres.
Tandis que je dessine, l’une d’elles m’offre à mains nues une poignée de riz aux fruits secs que je déguste avec bonheur. C’est délicieux !

Portraits nomades - Korzok

Portraits nomades – Korzok

Royal Boat !

Oxymore est né, vive Oxymore !
La mise à l’eau d’Oxymore s’est faite dans les règles de l’art hier après-midi à la base sous-marine de Lorient.
Oxymore est le nouveau-né tant attendu de la famille, le voilier amoureusement et patiemment pensé par Laurent depuis des années, construit par Jean-Pierre Kelbert (JPK).
Nous avons donc fêté comme il se doit l’arrivée de ce JPK 10.10 qui promet de belles escapades…
Il est magnifique avec son pont en teck, sa coque “grey storm” et son mât tout noir !

Mise à l'eau

Mise à l’eau d’Oxymore à la base sous-marine de Lorient. Encre de Chine, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Installation du mât

Installation du mât, encre de Chine, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Pendant que Laurent règle les derniers détails techniques, je m’éclipse pour boire un café au Poulpe, avenue de la Perrière. Attablés à la table voisine, deux messieurs discutent tranquillement en lorgnant sur mon carnet Moleskine : une conversation s’amorce tout naturellement et nous parlons peinture, école de Bretagne et beaux-arts. Drôle de rencontre ! Toujours la magie du dessin qui délie les langues et les esprits, sans parler de la main…
Suivant leur conseil, je prends la rue du Chalutier les deux anges pour dessiner dans le chantier naval tout proche les vieilles coques rouillées tandis que les mouettes tournoient autours des chalutiers du port de pêche et poussant des cris perçants.

Les coques abandonnées

Les coques abandonnées, encre de Chine et gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Il est 17h00, l’heure de boire le Champagne en l’honneur d’Oxymore ! Nous nous retrouvons au chantier de JPK (Jean-Pierre Kelbert) avec les compagnons qui ont construit ce bateau en soignant les moindres détails. Laurent est sur un petit nuage, songeant probablement à la prochaine étape : la Transquadra 2014, une transatlantique en solitaire où il a l’intention de briller…

Champagne !

Champagne ! Encre de Chine et gouache, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

ESQUISSES BIRMANES # Extraits 1

Carnet de voyage au Myanmar, 23 mars 2013 – 7 avril 2013

Jeune femme, Cité royale d'Awa

Jeune femme, Cité royale d’Awa, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013(c)

Quinze jours pour arpenter au pas de course une terre d’or, d’eau et de rêves.
Quinze jours pour embrasser un peuple au sourire éclatant.
Quinze jours pour essayer de percer à jour les enjeux d’une situation politique compliquée.
Quinze jours pour se plonger dans l’intimité de Bouddha.
Quinze jours de dessin frénétique au rythme des milliers de pagodes de Bagan, des reflets ondulants du lac Inle, de la poussière d’ocres et d’oxydes poudrant les routes cahoteuses, des visages rehaussés de tanaka et des crachats écarlates de jus de bétel.

Wynn, notre guide au français impeccable, est un homme d’une belle générosité.

Wynn

Wynn mange sa soupe – Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Il m’a emmenée à Fairy Land, un surnom qu’il a donné à un ensemble de pagodes en ruines dissimulées au cœur d’une végétation luxuriante, pour me montrer une statuette de Bouddha qu’il avait soigneusement cachée là des années avant pour la protéger ; il m’a présentée à son Bouddha préféré dans la grotte de Pindaya et nous avons longuement discuté tandis qu’il le dépoussiérait avec des gestes incroyablement doux ; il m’a ouvert les portes d’un monastère seulement habité par un unique moine vénérable très âgé et quelques chats, et s’est adonné aux prières rituelles en toute confiance ; enfin, après s’être livré sans fards sur la condition politique de son pays, il nous a offert l’hospitalité à Yangon dans le monastère qu’il a contribué à faire construire avec l’argent de ses pourboires. Quelle expérience que celle de déguster des mets inconnus tandis que les fidèles se succèdent pour lire sans interruption la vie de Bouddha…

Moine

Moine,

Grâce à lui, j’ai découvert une Birmanie hors des sentiers battus, une Birmanie faite de chair, de sang, d’or et de terre. Une Birmanie aux couleurs épicées et aux saveurs douces-amères.

Sur la route

Sur la route, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Le giacaranda violet

Le giacaranda violet, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Sitôt atterrie à Yangon, me voilà projetée sur l’esplanade de la fabuleuse Pagode Schwegadon, toute vêtue d’or et de brillants.

Grande Pagode Schwegadon, Rangoon

Grande Pagode Schwegadon, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

La foule est aux petits soins pour Bouddha et ses innombrables répliques : offrandes parfumées, bains rituels, prières… J’ai le vertige, autant à cause du jetlag que de sentir grouiller autour de moi autant de monde. Et pourtant je suis apaisée et sereine, heureuse de dessiner et étonnée de voir à quel point les visiteurs birmans s’intéressent à mes aquarelles. Je suis photographiée sous toutes les coutures… L’arroseur arrosé !

A Schwegadon

A Schwegadon, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Petite nonne en méditation, Schwedagon

Petite nonne en méditation, Schwedagon, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Incomparable quiétude de Bagan, la plaine aux huit mille temples. Stupas et pagodes surgis de terre tels des fleurs de pierre centenaires poudrées de rouge, de chaux et d’or. Noyés dans une brume bleutée, les temples apparaissent et disparaissent comme par enchantement, tantôt flous, tantôt silhouettes délicatement ciselées par le ciel.

Bagan

Bagan, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Les cérémonies des offrandes se succèdent sous l’œil tutélaire des Bouddhas de plus en plus obèses au fur et à mesure que les croyants collent avec dévotion d’impalpables feuilles d’or martelées, gages de leur foi.

Moines à Bagan, pendant la cérémonie des offrandes

Moines à Bagan, pendant la cérémonie des offrandes, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Frappeurs d'or à Mandalay

Frappeurs d’or à Mandalay, Carnet de voyage en Birmanie, Delphine Priollaud-Stoclet 2013 (c)

Esquisses parisiennes – Carnet de voyage à Paris

Une éternité que je ne m’étais pas promenée rue des Rosiers… Souvenirs de falafels chez Marianne, mon repas préféré d’étudiante, et réminiscences fugaces de mon voyage en Israël, il y a bien longtemps. Je dessine, sous le charme.
Un rabbin débonnaire s’attable à une terrasse, altercations sympathiques entre un monsieur mal garé à la faconde joviale et une contractuelle tatillonne, le bonheur d’un rayon de soleil qui joue à cache-cache.

Rue des Rosiers, Paris

Rue des Rosiers, Paris, 3 juin 2013. Gouache sur Moleskine. Delphine Priollaud-Stoclet (c)

Autre jour, autre ambiance ! Invitée hier soir (4 juin) à l’anniversaire des 10 ans de Monde authentique sur la Péniche Le Quai amarrée Quai Anatole France, je cède à la tentation et croque en cinq minutes la vue époustouflante. Rien à dire : Paris est une fête !

Depuis la péniche Le Quai, Quai Anatole France, Paris

Depuis la péniche Le Quai, Quai Anatole France, Paris. Encre sur Moleskine. Delphine Priollaud-Stoclet (c)

J’en profite pour remercier Frédéric, Clothilde, et toute l’équipe de Monde Authentique, ainsi que Oman Air et AR Magazine de m’offrir un superbe voyage à Zanzibar grâce à mon précédent billet dédié à cette île inoubliable et attachante.

La tentation de Zanzibar

Chronique de mon voyage à Zanzibar, merveilleusement conçu à la carte par Clothilde, de l’agence Monde Authentique, en juin 2012.
11 juin 2012, Roissy CDG, Terminal 2A porte A43.
Dans l’urgence, je dessine le trio de Japonaises désœuvrées qui s’ennuient face à moi. Quatre sœurs indiennes m’accostent dans un anglais très épicé : « Oh, you’re a sketcher !!!! » Yes, indeed…

A Roissy, départ pour Zanzibar

Nous embarquons quelques minutes plus tard sur un vol Oman Air.
Ultime destination : Stone Town, Zanzibar.
Zan-zi-bar… consonances parfumées au réglisse et allitération préférée des abécédaires, rime joyeuse, le prénom magique d’une île singulièrement lointaine. Mon rêve rimbaldien prend forme, enfin… Je pars dessiner les trésors dissimulés derrière de lourdes portes sculptées, les femmes voilées métissées d’Inde, d’Afrique et d’Orient, le goût amer du café noir et la saveur des épices, l’ombre pesante des marchands d’hommes et de femmes, l’océan paré d’émeraude et de turquoise.

En vol, puis en escale à Muscat
Les hôtesses, ravissantes et attentionnées, évoluent en uniforme céruléen. Belles à croquer !

L’Orient des mille et une nuits palpite en escale à Muscat dans mon carnet Moleskine tandis que l’aquarelle souligne une ombre mordorée, un œil voilé, des tissus d’ailleurs.

Escale à Muscat

Escale à Muscat

De Muscat à Zanzibar

Le 12 juin 2012, je pose enfin le pied sur Zanzibar et les yeux sur l’Afrique orientale.
A cet instant, les heures s’allongent et les jours s’étirent.
Détendu comme un vieil élastique, sans mesure fixe, le tempo de Zanzibar bat au rythme des pages de mon carnet.

Kizimkazi

Kizimkazi

De Kizimkazi à Jambiani les acrobates enchaînent sur le sable blanc les sauts périlleux et les jeunes filles déploient leurs voiles bleus d’écolières. Les ramasseuses d’algues et les pêcheurs de coquillages entament une chorégraphie rythmée par les marées. Le sable mouillé brille en reflétant la course des nuages.

Zanzibar

Ramasseur, Zanzibar

Ramasseuses de coquillages

Enfant, Zanzibar

Jambo, jambo ! Les enfants du village, curieux, déboulent.

Princesses en haillons du dimanche et petits garçons fanfarons, la morve au nez, le verbe aigu ; ils se moquent ouvertement, singent notre accent français quand nous balbutions quelques mots de swahili, et quémandent avec un sourire éclatant un stylo, un bonbon, un dessin.

Fillette, Zanzibar

Enfants, Zanzibar
Femme, Kizimkazi

Les villageoises se méfient des esquisses à leur image. Je capte à la volée une silhouette féminine bien vite dissimulée, de temps en temps un portrait consenti.

Marcheuse, Zanzibar
Le village de Jambiani, Zanzibar
dala-dalamangrove, ZanzibarAli nous transporte en dala-dala sur Uzi Island. Expérience tape-cul du cahot ! Un baobab déploie son ombre et me parle d’Afrique. La vie s’écoule paisiblement dans ce village du bout du monde accessible uniquement par une route pavée de corail tracée à travers la mangrove arachnéenne.
Uzi Island
Inoubliable pique-nique sur la plage déserte, composé de savoureux poissons grillés au barbecue et d’ananas sucré.
Uzi Island, après le pique-nique

Boutre, Uzi IslandCertaines somnolent à l’ombre du dala-dala ; je préfère fouiller le sable à la recherche des coquillages ciselés par l’océan, ou dessiner à l’ombre d’un boutre échoué.

Le temps s’étire lentement, avec une grâce toute féline.

 

« …cette insouciance, cette apparente absence de mémoire, qui font la beauté de ces palais abolis, de ces cimetières d’une religion indécise, aux tombes renversées, de ces escaliers effondrés donnant sur des cours vides d’où jaillit la flèche d’un cocotier, de cette forteresse portugaise livrée aux piaillements des orphelins d’Etat et de ces bains persans aux coupoles béantes, alourdies de chauves-souris en grappes […] attestant que si l’Afrique est le continent où les choses vieillissent le plus vite, c’est aussi celui où elles durent le plus longtemps.”
La ligne de front, Jean Rolin

Stone Town
Aspirée par les ruelles étroites de Stone Town, je plonge au cœur de la ville mère de toutes les villes, assaillies par d’autres souvenirs de voyages.
Une parcelle de La Havane, un fragment marocain, des réminiscences vénitiennes, quelques soupçons d’Inde et d’Asie…
Stone Town
Echoppe, Stone Town, ZanzibarEnfant, ZanzibarAladin surgit à chaque croisement, espiègle, courant vers quelques menus trésors ; Shéhérazade et ses sœurs déambulent, indifférentes à ces merveilles, s’arrêtent quelques instants, happées par l’ombre d’une échoppe, puis disparaissent dans l’entrebâillement d’une monumentale porte cloutée fleurie d’arabesques, aussi vite refermée.
Stone Town
Un chat peu farouche à l’allure égyptienne se laisse caresser. Il se frotte à mes jambes, certainement un habitué de ce kiosque en front de mer des Forodhani Gardens idéal pour déguster un expresso.
Des adolescents entament un concours de plongeons ; un porte-containers barre l’horizon.
Porte-containers, Stone Town, Zanzibar
Le décor parfait pour une gouache rapide, point de départ d’une longue conversation avec le serveur, étudiant en arts plastiques. J’apprends que je suis déjà repérée dans toute la ville… « You are the painter ! »

Happy hour !Les soirées commencent par un cocktail au Mercury’s bar, quand le soleil se couche sur le ballet rougeoyant des jonques et des boutres. Elles s’achèvent par un verre sur la terrasse oriental chic du 236 Hurumzi. Des toits de Stone Town intimement enlacés émergent coupoles et  minarets sonores, balustrades en dentelle de bois et de métal ajouré, clameurs de rue.

Marché de Stone Town, Zanzibar
Au marché, Stone Town

L’âcre puanteur du poisson séché ne m’indispose même pas, les couleurs vives du marché de Darajani s’imposent avec puissance.
Une poubelle nauséabonde accapare le meilleur point de vue sur les régimes de bananes géantes et les étals de fruits et légumes.

Au marché, Stone Town

Tant pis ! Je me cale tant bien que mal en évitant les nuées de mouches vertes pour peindre la lumière orange et bleue projetée par les voiles tendues en guise de parasols, la chaleur poivrée, le rouge piquant des piments, le souffle de la foule, l’énergie nourricière et ces goûts que je devine puissants, sucrés et amers.

Quittant Stone Town, je songe à cette minuscule cellule du Marché aux esclaves où s’entassaient plus de trois cents hommes, femmes et enfants enchaînés, affamés, assoiffés, malades. On envoyait les survivants suer sang et eau dans les plantations de giroflier pour le compte du puissant sultan de Mascate.

Pêcheur, Nungwi, Zanzibar

Pêcheurs à Nungwi, Zanzibar

A Nungwi, les pêcheurs accroupis enfilent avec dextérité des colliers de poissons qui sècheront au soleil. Certains remaillent un filet, d’autres fument une cigarette en nous observant dessiner, perplexes. Les chèvres gambadent sur la plage.
Plus loin, des charpentiers retapent une vieille coque.
Chantier des boutres

Chèvres, Nungwi, Zanzibar

La lessive, ZanzibarA quelques pas, une jeune femme lave son linge dans un baquet calé entre ses jambes. Joli sujet ! Se sentant observée, elle lève les yeux, gênée mais flattée tout de même, pataugeant dans sa lessive. Les hommes du village m’entourent pour commenter le dessin dans leur langue chantante, riant et pointant du doigt la malheureuse. Elle se prénomme Mwanivua.

Pêcheur, Zanzibar
16h30, l’heure du départ pour la pêche de nuit. Comme par magie, la mer se couvre d’ailes blanches triangulaires, gonflées par le vent du soir.
Plaines liquides poissonneuses ponctuées par le sillage des boutres. Lumière laiteuse, ciel bas, nuages argentés striés de mauve.
Boutres, départ de pêche, Zanzibar

Je ne parviendrai jamais à atteindre le village de Kiwengwa, chaque fois happée par la tentation d’un dessin.
Kiwengwa, Zanzibar

Quand la mer se retire, quand le soleil perce à travers les nuages, alors l’horizon dessine une ligne marine tandis qu’une nappe d’algues phosphorescentes s’accroche à la lumière.
Le ciel se voile de violet violent.
Ramasseuses d'algues, Kiwengwa, ZanzibarLes ramasseuses d’algues rentrent, drapées de varech vert de cobalt.

Ramasseuse d'algues à Kiwengwa

Algues séchant au soleil, Kiwengwa, Zanzibar

La récolte du jour suspendue aux portiques de bois flotté évoque de sombres chevelures poisseuses ; et les étoiles de mer agonisent en tas puants, vermillon, pourpre et indigo.
Un troupeau de buffles défile lentement sur la plage.

Au revoir Zanzibar.
Salle d'embarquement à Stone Town
Carnet de Zanzibar, Delphine Priollaud-Stoclet